Le retour de l’Algérie au premier plan de l’équation énergétique euro-méditerranéenne offre aujourd’hui une démonstration presque pédagogique. À mesure que les secousses qui traversent le Moyen-Orient reconfigurent les flux, durcissent les incertitudes et mettent sous pression les marchés du gaz, plusieurs partenaires européens redécouvrent, avec un intérêt renouvelé, ce que l’Algérie n’a en réalité jamais cessé d’être : un fournisseur sérieux, un acteur constant et un partenaire qui, dans les périodes de crise, ne se dérobe pas.
Ce fait repose sur une mémoire énergétique et diplomatique précise. Depuis des décennies, l’Algérie a bâti sa crédibilité sur la tenue de ses engagements. Dans un secteur où la confiance pèse souvent autant que les volumes, cette constance vaut capital stratégique. Ce n’est pas un hasard si, dans la séquence actuelle, Rome et Madrid regardent du côté d’Alger pour consolider leurs marges de sécurité. L’Italie, qui reçoit déjà près de 20 milliards de mètres cubes de gaz algérien par an, soit environ 30% de sa consommation, cherche à augmenter encore ses approvisionnements.
L’Espagne suit, elle aussi, cette logique de retour au réel. Les deux pays ont confirmé leur volonté de renforcer leur partenariat énergétique. Des discussions portent sur une augmentation des livraisons de gaz algérien via le gazoduc Medgaz, avec une hausse qui pourrait atteindre jusqu’à 10%, soit environ 1 milliard de mètres cubes supplémentaires. Dans le même temps, Alger a décidé de réactiver le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne, signe que l’énergie agit aussi comme levier de normalisation politique et de reconstruction stratégique.
Ce que révèlent ces développements, c’est d’abord la centralité retrouvée de l’Algérie dans un moment de fragilité énergétique régionale. Mais ils disent plus encore : ils montrent que le gaz algérien n’est pas seulement une commodité, il est devenu, dans le contexte actuel, un facteur de stabilité. Stabilité pour des économies européennes exposées aux chocs extérieurs. Stabilité pour des partenaires industriels qui ont besoin de visibilité. Stabilité, enfin, pour une Méditerranée occidentale qui redécouvre, au milieu des turbulences géopolitiques, la valeur d’un voisinage énergétique organisé, prévisible et politiquement soutenable. Lorsque les marchés deviennent nerveux, lorsque les routes d’approvisionnement se tendent et que les alternatives se renchérissent, le rôle d’un fournisseur fiable change de nature : il devient un élément d’équilibre régional, parfois même international.
L’Algérie qui n’a jamais cessé de considérer l’énergie comme un instrument de souveraineté, en fait également un vecteur de partenariat. Car l’évidence du rôle gazier de l’Algérie ne doit pas conduire à enfermer la relation avec ses partenaires dans une vision exclusivement extractive ou conjoncturelle. Il faut donner à ce rôle une profondeur nouvelle. Les liens énergétiques changent d’échelle dans leur contenu et tendent à articuler également investissements croisés, infrastructures, pétrochimie, innovation technologique et transition.
Les relations économiques entre l’Algérie et ses partenaires européens tendent désormais vers une diversification et une densification à la hauteur des engagements de portée stratégique qui les sous-tendent. Cela suppose d’aller vers davantage de coproduction, davantage de transformation, davantage de présence industrielle, davantage de transfert de savoir-faire.
L’Algérie dispose aujourd’hui d’un avantage rare : elle est sollicitée non seulement pour ce qu’elle possède, mais pour la manière dont elle se comporte. Dans l’ordre énergétique mondial, cette différence est décisive, elle procède d’une construction politique que l’Algérie voit aujourd’hui validée.
Dans ce nouvel âge de l’incertitude, l’Algérie n’apparaît pas seulement comme une réponse à la crise. Elle s’impose comme l’un des repères de stabilité à partir desquels peut se redessiner une part de l’équilibre méditerranéen. n
Par Hacène Nait Amara
