À la tête de la Société d’Automatisation des Transactions Interbancaires et de Monétique (SATIM), Madjid Messaoudene, dresse un état des lieux précis et stratégique de l’évolution des paiements électroniques en Algérie. Des usages monétiques en forte progression à la montée en puissance du paiement mobile, en passant par l’interopérabilité bancaire, la souveraineté numérique et l’innovation ouverte, la SATIM s’impose comme un acteur central de la transformation digitale du système financier national. À travers des projets structurants tels que DZ Mob Pay, le Switch Mobile, le traitement local des cartes internationales ou encore la fabrication nationale des cartes bancaires, l’institution consolide les fondations d’un écosystème monétique moderne, sécurisé et inclusif. Dans cet entretien, Madjid Messaoudene, Directeur général de la Satim, revient sur les priorités technologiques, réglementaires et humaines qui guideront la stratégie de la SATIM à l’horizon 2025-2026, tout en soulignant le rôle clé de la jeunesse, des start-ups et des compétences locales dans la construction d’une finance algérienne tournée vers l’avenir.
Interview réalisée par Hacène Nait Amara
Quel bilan dressez-vous des six premiers mois de l’année 2025 pour la SATIM ? En particulier, quelles tendances majeures avez-vous observées dans l’évolution des usages monétiques, la croissance du réseau (DAB, TPE, e-commerce), et l’adoption des services numériques par les usagers ?
Les six premiers mois de 2025 confirment la dynamique positive observée depuis plusieurs années dans l’évolution des usages des moyens de paiement électronique en Algérie. On constate une consolidation de la confiance des citoyens et des commerçants envers les solutions de paiement électroniques, portée par un réseau de plus en plus dense et performant.
Sur le plan des usages, les retraits sur DAB demeurent importants, mais la tendance générale s’oriente résolument vers les paiements électroniques, qu’il s’agisse du paiement de proximité sur TPE ou du paiement en ligne. Cette évolution traduit un changement progressif dans les habitudes des usagers, qui privilégient désormais la rapidité, la sécurité et la praticité offertes par les services numériques.
Le paiement sur Internet poursuit son développement, soutenu par l’intégration croissante des services administratifs et publics, ainsi que par l’essor du e-commerce et des services de loisirs. Parallèlement, les paiements sur TPE enregistrent une adoption de plus en plus large, portée à la fois par les commerçants, les opérateurs de services et les citoyens, confirmant l’ancrage du paiement électronique dans la vie quotidienne.
Cette évolution positive reflète les efforts entrepris pour moderniser le réseau monétique, renforcer la sécurité des transactions et promouvoir l’inclusion numérique et financière. Les résultats du premier semestre démontrent que la digitalisation des paiements n’est plus une perspective, mais une réalité concrète qui transforme durablement le paysage des transactions en Algérie.
Le lancement de «DZ Mob Pay» en janvier 2025 constitue une étape clé vers la dématérialisation des paiements. Quels enseignements tirez-vous de ses premiers mois d’utilisation, tant du côté des particuliers que des commerçants ? Quelles évolutions sont prévues pour élargir son usage ?
Le lancement de DZ Mob Pay a marqué un tournant significatif dans le développement des paiements électroniques en Algérie. Les premiers mois d’utilisation révèlent toutefois une adoption encore progressive, aussi bien du côté des particuliers que des commerçants, ce qui permet d’identifier plusieurs axes d’amélioration majeurs : l’élargissement de l’acceptation de l’application auprès d’un plus grand nombre de commerçants, l’intégration de fonctionnalités additionnelles telles que le paiement par QR Code, ainsi que le renforcement des actions de communication et de sensibilisation afin d’accélérer l’appropriation par le public. Dans cette perspective, la généralisation des solutions de paiement mobile auprès de l’ensemble des banques et d’Algérie Poste constituera un levier structurant, susceptible d’insuffler un nouvel élan et de favoriser une évolution exponentielle de l’usage des paiements électroniques. L’objectif demeure de positionner DZ Mob Pay comme une solution de référence pour les paiements électroniques du quotidien à l’échelle nationale.
La plateforme «Switch Mobile», lancée en 2024, visait à favoriser l’interopérabilité entre banques et Algérie Poste pour les paiements mobiles. Quel est son impact concret sur les habitudes de paiement quotidiennes, notamment en matière de transferts interbancaires en temps réel ?
Le lancement de la plateforme Switch Mobile en 2024 constitue une étape majeure dans la modernisation de l’écosystème des paiements en Algérie. Il marque un cap décisif dans l’accès aux paiements instantanés et aux transferts interbancaires en temps réel, en offrant une disponibilité permanente répondant à un besoin réel de rapidité et de simplicité dans les échanges financiers du quotidien. Cette avancée contribue également à réduire la dépendance au cash, à fluidifier les transactions et à renforcer la confiance dans les solutions numériques nationales.
Au-delà de ces apports, le Switch Mobile s’impose comme un préalable structurant à l’adoption à grande échelle du paiement mobile. Il met à disposition une infrastructure centralisée de connexion et d’interopérabilité entre les solutions de paiement des banques et celles d’Algérie Poste, garantissant l’interbancarité effective des services. Cette architecture permet notamment de rendre le paiement par QR Code totalement transparent pour le citoyen, indépendamment de sa domiciliation bancaire ou de la détention d’un compte postal.
À court terme, l’interopérabilité généralisée du Switch Mobile viendra ainsi consolider la complémentarité entre le réseau bancaire et celui d’Algérie Poste, ouvrant la voie à un véritable espace monétique unifié. Cette évolution positionne le paiement digital comme un levier central de modernisation économique et d’inclusion financière, tout en s’appuyant sur des standards élevés de sécurité, de fiabilité et de performance. »
La SATIM a signé récemment plusieurs conventions stratégiques, dont l’une avec la BDL pour le traitement local des cartes Mastercard. Comment ces accords contribuent-ils à renforcer la souveraineté numérique, la sécurité des données bancaires et à réduire la dépendance technologique vis-à-vis de l’étranger ?
La signature de conventions stratégiques, notamment celle conclue avec la Banque de Développement Local (BDL) pour le traitement local des transactions par cartes Mastercard, permet à la SATIM de renforcer la souveraineté numérique du pays en garantissant que les données sensibles soient traitées et sécurisées sur le territoire national. Cette approche contribue directement à l’amélioration de la sécurité des données bancaires, en limitant les flux transfrontaliers et en réduisant les risques liés aux accès externes.
Par ailleurs, la SATIM a également signé un accord avec le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) pour la couverture du réseau international VISA. Cet accord conforte la SATIM dans son rôle d’opérateur national de référence pour les réseaux de paiement internationaux en Algérie, en assurant l’intégration, l’exploitation et la sécurisation des flux de paiement internationaux au sein de l’infrastructure monétique nationale.
En développant et en maîtrisant ces capacités localement, la SATIM réduit significativement sa dépendance technologique vis-à-vis de prestataires étrangers, tout en consolidant l’écosystème monétique national, en favorisant le développement de compétences locales et en soutenant la mise en place d’infrastructures pérennes, conformes aux standards internationaux de sécurité et de performance.
L’accord avec Algérie Poste autour de la fabrication locale des cartes bancaires marque une nouvelle étape dans les synergies interinstitutionnelles. Peut-on s’attendre à d’autres initiatives similaires, notamment avec les banques privées ou d’autres entités publiques, pour consolider l’écosystème monétique national ?
L’accord conclu avec Algérie Poste constitue un jalon structurant dans le renforcement de l’écosystème monétique et bancaire national. Il vise à accélérer la production locale, à sécuriser l’ensemble de la chaîne monétique et à renforcer la maîtrise nationale des infrastructures de paiement. Dans cette dynamique, d’autres collaborations potentielles sont actuellement à l’étude, aussi bien avec des banques privées qu’avec d’autres entités publiques, afin de généraliser cette approche, d’améliorer l’efficacité opérationnelle et de consolider la sécurité du système de paiement en Algérie.
Par ailleurs, la certification de la SATIM aux standards internationaux de paiement et de sécurité constitue un atout majeur pour accompagner une stratégie d’ouverture vers l’international. Elle nous permettra d’explorer des marchés étrangers où les systèmes monétiques sont en phase de développement ou de modernisation, en s’appuyant sur l’expertise reconnue que la SATIM a développée depuis de nombreuses années dans ce domaine. L’internationalisation de la SATIM s’inscrit ainsi comme un projet stratégique à moyen et long termes, fondé sur l’établissement de partenariats, le transfert de savoir-faire et l’adaptation de nos solutions aux spécificités réglementaires, techniques et opérationnelles des marchés ciblés.
En septembre 2024, la SATIM a soutenu un hackathon universitaire à Blida. Comment envisagez-vous le rôle de la jeunesse, des start-ups et de l’innovation ouverte dans le développement de solutions monétiques et la transformation digitale du secteur financier en Algérie ?
La SATIM considère la jeunesse, les start-ups et l’innovation ouverte comme des leviers majeurs de la transformation digitale du secteur financier en Algérie. Dans ce cadre, trois hackathons ont été organisés — un en 2024 et deux en 2025 — illustrant concrètement cette approche. Ces événements ont mobilisé des étudiants, des start-ups émergentes et des clubs scientifiques autour de projets innovants visant à renforcer la sécurité, l’efficacité et la modernisation des paiements électroniques.
Cette population constitue également un vivier d’innovations et de concepts d’usage à forte valeur ajoutée, susceptibles de faciliter et d’accélérer l’adoption des paiements électroniques par les citoyens et les commerçants. À travers l’introduction de technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle, ces initiatives ouvrent la voie à l’optimisation des parcours de paiement, à la personnalisation des services, à la détection proactive de la fraude et à l’amélioration de l’expérience utilisateur, contribuant ainsi à lever les freins à l’usage.
Consciente de l’importance stratégique de la jeunesse et des start-ups dans l’écosystème de l’innovation ouverte, la SATIM entend renforcer et structurer durablement ces collaborations afin de coconstruire une finance algérienne moderne, inclusive et tournée vers l’avenir, en phase avec les standards technologiques internationaux et les attentes des nouvelles générations.
Pour conclure, quels sont les axes prioritaires de développement de la SATIM pour 2025-2026 ? Quels objectifs poursuivez-vous sur les plans technologique, réglementaire, et en matière de généralisation de l’inclusion financière à travers les outils numériques ?
Pour la période 2025-2026, la SATIM concentre ses efforts sur plusieurs axes stratégiques prioritaires, en cohérence avec les orientations des pouvoirs publics. Sur le plan technologique, la SATIM poursuit le renforcement et la modernisation de ses infrastructures afin de sécuriser les paiements électroniques, d’améliorer leur résilience et d’intégrer des innovations technologiques visant à optimiser l’expérience des utilisateurs.
Sur le plan réglementaire et normatif, l’objectif est d’accompagner les évolutions du cadre légal, de garantir une conformité continue aux standards nationaux et internationaux, et de renforcer la sécurité des transactions ainsi que la confiance des utilisateurs et des partenaires.
En matière d’inclusion financière, la SATIM œuvre à la généralisation de l’accès aux services de paiement numériques pour l’ensemble des citoyens, à travers l’élargissement de l’acceptation des paiements électroniques, la sensibilisation des populations et l’accompagnement de la digitalisation des paiements auprès des commerçants, des très petites, petites et moyennes entreprises.
Enfin, l’intégration des paiements internationaux constitue un axe stratégique majeur et un objectif structurant à horizon 2026. Il vise à étendre l’interopérabilité de l’écosystème monétique national avec les réseaux de paiement internationaux, à faciliter les transactions transfrontalières et à renforcer le positionnement de la SATIM en tant qu’opérateur national de référence, capable d’accompagner l’ouverture et la compétitivité du système financier algérien.
L’ensemble de ces axes concourt à la consolidation durable de l’écosystème monétique national et à l’affirmation du rôle de la SATIM comme acteur clé de la transformation numérique du secteur financier en Algérie.
H. N. A.




