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Ali Kadri, DG du CPA : « La digitalisation et la monétique sont devenues des leviers décisifs de performance et d’inclusion financière pour le CPA »

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Fort d’un résultat net historique de 41,9 milliards de dinars en 2024 et engagé dans une introduction en bourse avec une ouverture de capital d’environ 30 %, le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) amorce une nouvelle phase de son développement. Dans cet entretien, Ali Kadri, Directeur général du CPA, revient sur les ressorts de cette performance, les implications de la cotation en termes de gouvernance et de transparence, ainsi que sur la transformation profonde engagée par la banque. Digitalisation des services, modernisation du système d’information, généralisation de la monétique, paiements électroniques, finance islamique et accompagnement des PME structurent la stratégie « CPA 2.0 ». À travers une approche résolument offensive sur les cartes, les TPE, le mobile payment et les plateformes digitales, le CPA entend renforcer l’inclusion financière, capter les liquidités et améliorer l’expérience client, tout en plaçant la cybersécurité et la confiance au cœur de son modèle. Une vision à moyen terme qui ambitionne de positionner le CPA comme référence nationale de la banque publique moderne et performante.

Interview réalisée par Hacène Nait Amara

Votre établissement a enregistré un résultat net de 41,9 milliards DA en 2024 et procède à une introduction en bourse avec une ouverture de capital d’environ 30%. Quels leviers ont permis cette performance et comment cette ouverture modifie-t-elle votre gouvernance, votre transparence et votre stratégie à moyen terme ?
Notre résultat net record de 41,9 milliards de Dinars Algériens en 2024 est le fruit d’une stratégie de croissance solide et maîtrisée, axée sur deux leviers principaux que sont le développement à travers une augmentation de nos financements aux secteurs productifs, notamment les PME/PMI, tout en optimisant la gestion des risques ; le deuxième levier ayant fortement et positivement impacté le résultat de la Banque est la stratégie et efforts de modernisation consentis par la Banque et qui ont permis d’améliorer l’efficacité interne et de diversifier nos sources de revenus tout cela combiné à une démarche de recouvrement rigoureuse et efficace.
Quant à l’Introduction en Bourse de la Banque avec une ouverture de capital d’environ 30%, c’est une étape historique pour le CPA à plus d’un titre car elle permet d’intégrer de nouveaux actionnaires, notamment du secteur privé ce qui découlera sur une gouvernance renforcée, plus rigoureuse et alignée sur les meilleures pratiques internationales.
Cette démarche permettra également d’assurer une transparence accrue à travers des publications financières régulières, détaillées et conformes aux normes en la matière, renforçant ainsi la confiance des investisseurs et du public.

Le CPA accélère sa transformation numérique, notamment à travers des services e-banking, CPAmobile et CPAWIMPAY ainsi que d’autres plateformes digitales orientées clients. Quels sont les chantiers prioritaires en matière de systèmes d’information, d’automatisation et de modernisation des process internes ?
La transformation numérique est au cœur de notre stratégie «CPA 2.0». Nos chantiers prioritaires sont structurés autour de trois axes majeurs : (1) migration et sécurisation de l’infrastructure SI, la Banque étant à l’heure actuelle dans les ultimes étapes de déploiement de son nouveau Système d’Information (Core Systéme Banking), assurant ainsi au CPA un système plus agile, évolutif et qui permettra d’optimiser les couts et les performances. Cette approche est couplée à une politique de Cyber sécurité sans concession qui met en place tous les outils nécessaires pour garantir la protection des données de la Banque ; (2) réingénierie et automatisation des processus Back-Office, la banque travaillant sans relâche pour automatiser la majeure partie des opérations Back-office notamment les tâches répétitives. L’objectif recherché étant un gain de temps pour nos équipes qui leur permettra de se concentrer sur le conseil et orientation client, tâches à haute valeur ajoutée ; (3) expérience client omnicanale, le développement continu de nos différentes solutions digitales et plateforme web étant crucial. L’objectif est de proposer une expérience utilisateur fluide, intuitive et homogène sur tous les canaux, proposant ainsi à la clientèle des services accessibles, simple et confortables à l’usage ce qui impactera positivement les performances de la Banque et son image de marque.

L’Algérie a fixé l’objectif de généraliser la monétique et les paiements électroniques. Comment le CPA se positionne-t-il dans le déploiement des cartes, TPE, paiement mobile, QR Code et solutions sans contact, et quels investissements sont-ils prévus ?
Le CPA est un acteur actif et dynamique de la généralisation de la monétique en Algérie. Notre stratégie est empreinte d’une offensivité commerciale clairement démontré sur le terrain.
Les objectifs fixés aussi bien en matière de placement de cartes et de TPE observent une courbe ascendante à l’image de notre ambition. Elle se caractérise par une vision élargie et inclusive en termes de natures de commerces à doter par les TPE pour optimiser les points de captation des liquidités et permettre ainsi d’accompagner de manière cohérente les efforts de placement des cartes.
Notre offre produit est évolutive et intègre à l’heure actuelle les fonctionnalités sans contact aussi bien pour les cartes CIB que pour les cartes internationales. Cette démarche proactive notamment concernant les cartes CIB permet d’anticiper sur la généralisation de l’acceptation des paiements via la fonctionnalités « Contactless » ou « sans contact »
Les paiements via QR codes ne sont pas en reste avec la généralisation du Réseau interbancaire DZMOBPAY qui est le socle de fonctionnement des applications de paiement mobile des Banques, tel que le CPAWIMPAY, qui est aujourd’hui une réalité dont nous sommes fiers au vu du saut qualitatif effectué à travers sa mise à disposition de la clientèle et de la valeur ajoutée certaine qu’il va procurer à ses utilisateurs contribuant ainsi à la modernisation des systèmes de paiement en Algérie et impactant positivement les l’inclusion financière et la captation des liquidités.

La banque développe rapidement des solutions conformes à la finance islamique. Quelle place occupe aujourd’hui la finance islamique dans votre portefeuille et quelles innovations des canaux digitaux allez-vous mobiliser pour en élargir l’accès ?
La Finance Islamique, est une voie de développement certaine pour notre Banque du fait des opportunités qu’elle offre et du marché attractif qu’elle véhicule ; Cette activité est devenue une priorité stratégique pour le CPA car elle répond à une demande forte du marché.
Le CPA a compris très tôt les enjeux relatifs au lancement, renforcement et consolidation de cette activité, déjà en étant la deuxième Banque publique de la place à avoir investi ce domaine quelques semaines après la première Banque ayant lancé cette activité mais aussi par la gamme riche et étoffée de produits commercialisés, destinés aussi bien auxsegments des particuliers qu’aux entreprises. Certes les premières années de mise en activité de la Finance Islamique, lancée par le CPA en Octobre 2020, ont été caractérisé par une collecte de dépôts très intéressante et prometteuse, toutefois nous constatons que la tendance actuelle commence à s’équilibrer à travers une transformation notable des ressources collectées en financement. Cela est principalement dû à la variété de solutions de financement proposées aujourd’hui par la Banque et qui couvrent une partie importante des besoins du marché.
S’agissant de la digitalisation, cette vision n’est pas sélective au CPA, bien au contraire ; la Banque observe une démarche dichotomique qui met en cohérence l’utilisation des outils digitaux de la même manière au niveaux des deux activités, classique et islamique.
Il s’agit de mettre tous les atouts du côté de l’activité finance islamique pour lui permettre rapidement de s’imposer comme solution à part entière aussi bien en matière de services de dépôts que de financements, ; cela passe inexorablement par une compétitivité tangible de l’offre proposée à a clientèle ce qui ne peut être assuré sans utilisation des outils de notre époque, vous l’aurez bien compris, je parle de la digitalisation.

Vous avez lancé la gamme « Easy » destinée aux professionnels et PME. Quels seront vos nouveaux instruments de financement pour accompagner l’investissement productif, les activités locales et les secteurs prioritaires ?
Vous aurez certainement noté que la gamme de produits de financements « Easy » couvre un large éventail des besoins de financements exprimés par le segment de PME.
Cette démarche initiée par la Banque n’est pas fortuite, elle est le résultat d’études menées par la Banque dans l’optique d’une exhaustivité de la gamme des produits de financements proposés aux investisseurs potentiels
Il est important de signaler que la Banque va lancer sous peu sa gamme de produits de financement destinés aux secteurs de l’agriculture et de l’industrie Agroalimentaire ce qui confirme l’orientation stratégique de la Banque portant etoffement de sa gamme commerciale pour s’adapter au mieux au besoin de la clientèle porteuse de projet ou en besoin de financement de son activité.

L’écosystème bancaire algérien voit émerger des Fintechs et des solutions de paiement innovantes. Comment le CPA envisage-t-il sa collaboration avec les Fintechs : partenariat, incubation, co-innovation ou création de filiales spécialisées ?
Nous voyons l’émergence des Fintechs non pas comme une menace, mais comme une opportunité de co-innovation. Le CPA a une approche mixte consistant d’une part à favoriser l’approche de partenariat stratégiques avec les providers de solutions digitales orientées métiers de la finance notamment celles adoptant la technologie « API » au regard de leurs facilité d’intégration au système d’information mis en place par la Banque et d’autre part en soutenant les initiatives innovantes qu’elle proviennent d’incubateurs ou d’entrepreneurs individuels notamment à travers des opérations de sponsoring.
Nous avons une également mis en place au niveau de la Banque une Cellule de transition digitale qui outre les missions naturelles et évidents qui lui incombent se charge aussi d’assurer une veille technologique afin d’anticiper ce qu’on appelle les « les ruptures technologiques » et adapter notre offre en continu. L’objectif est de conjuguer notre capacité de distribution massive avec l’agilité technologique.

La montée en puissance des services digitaux augmente les exigences en matière de cyber sécurité. Quelles mesures stratégiques prenez-vous pour renforcer la sécurité des transactions et la confiance des utilisateurs ?
La confiance de nos utilisateurs est notre actif le plus précieux, et la cyber sécurité est une dépense d’investissement essentielle. Nos mesures stratégiques incluent le renforcement Humain et Technique à travers l’investissement dans la formation continue de nos équipes de sécurité informatique de nos collaborateurs de manière plus générale ainsi que l’acquisition de solutions de pointe pour la détection prédictive des menaces et la surveillance en temps réel.
La Sensibilisation de notre Clientèle est également un point que nous ne négligeons pas au regard des risques actuellement identifiées tels que « phishing » ou « hameçonnage ». A cet effet nous menons des campagnes régulières pour éduquer nos clients sur ce type de risques et les règles prudentielles à observer pour les éviter.

À l’horizon 2028-2030, avec votre statut de première banque publique cotée sur la Bourse d’Alger, quels indicateurs clés – digitalisation, monétique, financement des entreprises, rentabilité – souhaitez-vous atteindre pour positionner le CPA comme référence nationale ?
Notre ambition à moyen terme est bien évidemment de consolider la position du CPA comme partenaire financier de référence au niveau de la place.
Cela passera indéniablement par plusieurs leviers qu’il faudra activer ou continuer à activer tel que l’accélération du processus de digitalisation et cela au regard des impacts multidimensionnels que cette action impulsera aussi bien sur la gestion des couts, la performance et bien entendu la qualité de service ; Cette démarche renforcera le CPA dans ses acquis et l’armera, encore mieux qu’il ne l’est déjà, pour conquérir de nouvelles parts de marche.
Le maintien de l’effort dans le déploiement de l’activité monétique ainsi que les moyens de paiement modernes tels que « mobile payement » et d’autres plateformes digitales restent également des vecteurs de développement de la Banque dans son activité et même au plan de la notoriété et de l’image.
La proposition de nouvelles formes de financement pour les PME notamment, aussi bien classique qu’islamique est aussi au programme de la Banque pour garder une attractivité permanente de l’offre proposée
Je pourrai ajouter à la fin qu’en tant que Banque de proximité, l’etoffement du réseau commercial demeure un des chevaux de bataille du Crédit Populaire d’Algérie car il consacre une des valeurs premières de l’Etablissement, à savoir la proximité.
H. N. A.

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