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Au début du XXe siècle, elle attirait des millions de visiteurs du monde entier / Tourisme en Algérie : le temps des hiverneurs

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A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des noms célèbres courraient les rues d’Alger et s’émerveillaient devant la beauté « orientale » de l’ancienne régence des deys. Guy de Maupassant, Victor Barrucand, Isabelle Eberhardt, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, André Gide et Albert Camus, pour ne citer que les plus célèbres, venaient en Algérie pour s’y reposer, écrire des livres, voir, observer la vie saine et naturelle, ou simplement flâner, comme savent le faire les gens qui ont une certaine culture.

L’Algérie était encore à découvrir, avec ses lions, ses panthères, ses « chebirdou » (une espèce rare de genettes), ses chacals, ses hyènes et ses chats sauvages, mais aussi sa faune et sa flore. Le Grand Sud attirait les aventuriers, les congrégations de marabouts, les ascètes et les religieux ; en définitive, les paysages séduisaient les touristes européens.
En ces temps, il y avait un mot qui désignait spécialement ceux qui venait en hiver, faire du tourisme en Algérie : c’était les hiverneurs. On apprend aujourd’hui, à partir de documents d’époque, que le mot «tourisme», anglicisme remontant à la fin du siècle dernier, se définit « voyager pour son agrément » ; dans une acception large il a existé depuis toujours sous des modalités diverses, mais il avait considérablement évolué, en particulier chez nous, depuis les découvertes exploratrices initiales, sans avoir le temps d’aboutir aux loisirs de masse. Ceux qui entreprendront de l’approfondir devront y distinguer plusieurs phases, dont deux au moins furent d’avant-garde.
Risquant fatigues et inconfort des écrivains tels que Flaubert, Alphonse Daudet, des peintres orientalistes comme Delacroix, Fromentin ou Dinet, des géographes, des archéologues, des zoologues et des condottieres, mus par une vive curiosité à l’égard de ces régions jusque là peu prospectées, y jetaient les amarres.
Dans une seconde phase, durant la fin du siècle dernier et le début du nôtre, s’établit un tourisme de séjour avec les « hiverneurs ».
Après la cassure de la première guerre mondiale, ces hiverneurs furent relayés par les croisières maritimes et les «tours» organisés chaque hiver les plus grands paquebots depuis toujours sous des modalités diverses, mais il avait considérablement évolué, en particulier chez nous, depuis les découvertes exploratrices initiales, sans avoir le temps d’aboutir aux loisirs de masse. Ceux qui entreprendront de l’approfondir devront y distinguer plusieurs phases, dont deux au moins furent d’avant-garde du monde, en provenance d’Angleterre et surtout des États-Unis, n’omettaient jamais l’escale d’Alger dans leurs circuits méditerranés. Presque quotidiennement s’amarraient dans le port, pour une journée, un et parfois plusieurs géants de la Cunard Line, de la White Star et autres lignes fameuses de l’Atlantique.
Dans le même temps, à l’initiative du président Dal Piaz, la Compagnie Générale Transatlantique lançait les auto-circuits des «Voyages et Hôtels nord-africains»: des autocars spéciaux, aussi confortables que le comportait cette époque, reliaient une vingtaine d’hôtels, dont quelques fondouks-hôtels, dans l’Algérie du nord, y compris la Kabylie et l’Aurès et, un peu plus tard, une dizaine au Sahara (circuit du Grand Erg, de l’Oued Rhir). Quatrième phase : les hôtels du Centenaire, parmi lesquels l’Aletti d’Alger.
Enfin, alors que la guerre d’indépendance est lancée, une cinquième phase était engagée à la faveur du prodigieux essor économique suscité par les richesses du sous-sol saharien. Un plan d’équipement mûrement élaboré, proclamé à Constantine en 1958, programmait des hôtels, des villages de vacances, des auberges de jeunesse, des stations d’altitude, à la mesure de la vogue nouvelle des plages et de la neige. Les initiatives privées n’étaient pas en reste. Si l’abandon de l’Algérie n’a pas permis d’entreprendre ces grands projets, ils ont été repris en partie après l’indépendance, la plupart sur les plans de l’architecte Pouillon, à Bône, près d’Oran aux Andalouses, à Sidi Ferruch, Zeralda, Tipasa…
Les hiverneurs d’Algérie étaient les plus en vue : fuyant l’hiver pénible d’Europe, des milliers de personnes, en familles, en couples ou en en solitaires, venaient y trouver climat doux, réconfortant et bon pour le moral. En 1937 encore le dictionnaire «Larousse» définissait l’hiverneur: «Qui va passer l’hiver dans le midi, en Algérie…»
C’est un fait assez généralement oublié, qui peut étonner aujourd’hui: durant plusieurs décennies, avant et après 1900, qui furent l’âge d’or du tourisme en Algérie, Alger rivalisait avec Nice et Cannes pour des séjours, l’hiver, d’Anglais et autres nordiques et aussi d’Américains.
Ainsi l’une des caractéristiques d’Alger à cette époque était-elle cette juxtaposition, à une petite capitale française et à un grand port, à distance de la Casbah historique, d’une somptueuse enclave saisonnière d’étrangers.
Les hiverneurs ne séjournaient que dans des secteurs très limités, essentiellement Mustapha Supérieur, une antenne à Biskra et très accessoirement Hammam-Righa.
Ce nom d’hiverneur retenti encore avec des résonances de distinction, d’élégance racée, de prestige ; il évoque des souvenirs d’un temps révolu, brillants équipages, fêtes et relations mondaines d’un milieu très fermé.
Lointaine et disposant de quelques numéros de la revue « L’Algérie hivernale », hebdomadaire édité par le «Comité d’Hivernage Algérien. L’aperçu qui va suivre, nullement exhaustif, sollicite au contraire, de la part de nos lecteurs, des précisions complémentaires.
Par Achour Nait Tahar

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