Accueil ENTRETIENS Bouziani Sid-Ahmed, DG de la CNEP-Banque : « La monétique est désormais...

Bouziani Sid-Ahmed, DG de la CNEP-Banque : « La monétique est désormais un levier stratégique pour bâtir une bancarisation digitale de masse »

0

À la tête de la CNEP-Banque, Bouziani Sid Ahmed pilote une transformation ambitieuse qui combine montée en puissance commerciale, solidité financière et accélération digitale. Avec un résultat net en hausse, un portefeuille de crédits dépassant 1 067 milliards DA et une position dominante dans la monétique — plus de 1,8 million de cartes émises et un réseau national en forte expansion — la Banque s’impose comme un acteur structurant du secteur. Modernisation des processus, gouvernance renforcée, gestion proactive des risques, développement de la bancassurance et lancement de nouveaux produits, dont la finance islamique ou le plan « Pro-Invest », illustrent une stratégie globale d’innovation. Engagée dans la mise en place d’un écosystème digital unifié, la CNEP-Banque veut dépasser les standards attendus et se positionner, à l’horizon 2030, comme une institution inclusive, performante et résolument tournée vers l’avenir.

Interview réalisée par Hacène Nait Amara

Comment évaluez-vous le bilan managérial de la CNEP-Banque pour le dernier exercice, notamment au regard de la progression du résultat net et de l’augmentation des volumes de crédits octroyés ? Quels axes de gestion avez-vous jugé déterminants dans ces performances ?
Le bilan managérial de la banque est évalué de manière globalement positive, au regard notamment des performances financières et commerciales enregistrées sur la période récente. La progression soutenue du résultat net témoigne d’une gestion efficace, marquée par une meilleure maîtrise des coûts, l’optimisation des ressources et une politique de développement orientée vers les activités à forte valeur ajoutée. Cette performance reflète également la pertinence des orientations stratégiques adoptées par le management dans le cadre du plan stratégique de la Banque (2023-2025) et leur déclinaison opérationnelle au niveau des différentes structures de la Banque.
Par ailleurs, l’augmentation significative des volumes de crédits octroyés aux entreprises, aux promoteurs immobiliers et aux particuliers est le résultat d’une meilleure segmentation de la clientèle permettant une offre plus adaptée à leurs besoins, d’une amélioration des processus d’octroi du crédit et d’une plus grande réactivité commerciale, confirmant ainsi la capacité de la banque à accompagner l’économie nationale tout en consolidant ses parts de marché.
Le résultat net atteint de 22 013 millions DA, en progression de 13,59 % par rapport à 2023, porté par une dynamique commerciale soutenue et une gouvernance financière rigoureuse. La croissance des prêts et créances sur la clientèle (+ 31 891 millions DA), ainsi que l’augmentation du Produit Net Bancaire (+ 10 553 millions DA), témoignent de la capacité de la Banque à renforcer son activité tout en améliorant la qualité de son portefeuille.
Sur le plan prudentiel, la progression des fonds propres et un ratio de solvabilité porté à 18,13 % confirment la robustesse financière de l’institution. L’amélioration du coefficient d’exploitation, en baisse de 4,3 points, reflète les efforts d’optimisation des charges et la montée en efficience opérée grâce à la modernisation progressive des processus. Ces performances découlent d’une gestion proactive des risques, d’une maîtrise des équilibres financiers et d’un renforcement continu des compétences internes.

Face à l’augmentation du portefeuille de crédits à plus de 1 067 milliards DA, quelles mesures prioritaires avez-vous mises en place pour améliorer la gouvernance, renforcer la qualité des actifs et maîtriser les risques dans un contexte économique marqué par l’inflation et la pression sur les taux ?
Pour améliorer sa gouvernance, renforcer la qualité de ses actifs et mieux appréhender les risques, la CNEP-Banque conjugue sa politique de financement avec sa politique de risque. Le dispositif de sélection, de mesure et de surveillance des risques de crédit est un ensemble de processus, de procédures et d’outils révisé régulièrement en fonction de l’évolution de l’activité, de l’environnement économique, de l’exposition et de l’appétence de la banque au risque.
En matière de sélection des risques, la démarche adoptée repose sur deux principales étapes : l’analyse du risque lié à la contrepartie et l’analyse du risque lié au projet ou à l’objet du financement. Quant à la politique de mesure et de surveillance des risques, elle se traduit par une veille continue au respect des limites réglementaires à travers des indicateurs de suivi et d’alerte, ainsi que par la mise en place de limites internes pour les risques de crédit et de concentration, tout en maintenant un équilibre entre les objectifs commerciaux et les exigences prudentielles.
S’agissant du taux d’intérêt, la CNEP-Banque propose à sa clientèle une panoplie de taux variant selon la maturité et le type de financement, en adéquation avec les données du marché.

La monétique connaît une accélération sans précédent en Algérie. Où se situe aujourd’hui la CNEP-Banque dans cette transformation nationale, et comment envisagez-vous de rattraper — ou dépasser — le niveau de bancarisation digitale attendu par les pouvoirs publics ?
La CNEP-Banque a inscrit dans son plan stratégique la digitalisation et le développement de la monétique comme axes majeurs de transformation, en cohérence avec la dynamique nationale voulue par les pouvoirs publics.
Elle occupe aujourd’hui une place structurante dans l’écosystème monétique national. En matière d’émission, elle dispose d’un parc de plus de 1 800 000 cartes, dont 1 600 000 cartes Épargne et 200 000 cartes CIB, ce qui la classe en première position sur la place bancaire. En matière d’acquisition, son réseau compte 221 DAB/GAB, plus de 8 000 TPE chez les commerçants, ainsi que 5 web-marchands intégrés à la plateforme de paiement en ligne.
Au-delà du parc installé, la vision de la Banque porte sur un changement d’échelle fondé sur une modernisation profonde de l’infrastructure monétique et une convergence accélérée vers les standards internationaux. Pour rattraper et dépasser le niveau de digitalisation attendu, plusieurs chantiers structurants ont été engagés, incluant le renforcement du parc d’acceptation, la modernisation du cycle de vie de la carte, l’élévation des standards de sécurité et de conformité, ainsi que le pilotage par la donnée. L’ambition de la Banque est d’accélérer la digitalisation, d’augmenter significativement la pénétration des moyens de paiement électronique et de consolider sa position dans le paysage monétique national. Les investissements programmés pour 2025–2026 s’inscrivent dans une trajectoire dynamique visant à faire de la CNEP-Banque un acteur de référence en matière de bancarisation digitale.

Quelles initiatives concrètes la CNEP-Banque déploie-t-elle pour encourager l’adoption des moyens de paiement électroniques par ses clients, notamment les populations traditionnellement clientes de la CNEP (salariés, épargnants, ménages accédant au logement) ?
La CNEP-Banque a engagé un programme de bancarisation digitale de grande ampleur à travers l’ouverture de 38 Espaces Digitaux dédiés à l’accompagnement des clients dans l’utilisation de la carte sur les DAB/GAB, ainsi que pour effectuer des consultations, des simulations de crédit et des paiements sur des bornes interactives. Ces espaces offrent un appui personnalisé permettant de lever les appréhensions et de faciliter l’appropriation des outils digitaux.
En parallèle, la Banque développe des offres intégrées, à l’image du Pack Marhaba, qui regroupe l’ensemble des services de monétique et de banque à distance dès l’ouverture du compte, afin de simplifier l’expérience des nouveaux clients et d’encourager l’usage régulier des moyens de paiement modernes. La généralisation des cartes CIB à débit différé et l’élargissement de l’offre de cartes à l’ensemble des comptes éligibles garantissent un accès universel aux paiements électroniques. Cette distribution s’accompagne d’un dispositif de sensibilisation et d’assistance.
La Banque offre également un avantage important : l’exécution instantanée des opérations via les canaux de banque à distance, tels que le Mobile Banking et le Mobile Paiement, avec une imputation immédiate au compte dans le système d’information. L’ensemble de ces actions vise à démocratiser les usages électroniques, à renforcer l’inclusion financière et à accompagner durablement les clients vers des pratiques bancaires modernes et sécurisées.

Avec le lancement de la plateforme numérique dédiée à la vente de logements, quelles sont les prochaines étapes de la stratégie de digitalisation ? Envisagez-vous une intégration plus large au sein d’un écosystème digital unifié ?
La CNEP-Banque poursuit une trajectoire de transformation ambitieuse articulée autour de la mise en œuvre d’un écosystème digital intégré et d’une modernisation profonde de l’infrastructure monétique. Les prochaines étapes incluent la mise en place d’une solution monétique unifiée offrant une architecture moderne et évolutive, servant de socle technologique pour introduire rapidement de nouveaux produits et services digitaux.
La diversification de l’offre cartes constitue également une orientation majeure, avec le lancement futur de cartes adaptées aux besoins spécifiques des clients, l’ouverture de compte à distance, l’introduction du retrait sans carte, le déploiement du paiement sans contact (NFC) et la digitalisation du processus de traitement et d’octroi du crédit afin de réduire les délais.
L’intégration des services digitaux au sein d’un écosystème unifié permettra d’assurer une expérience fluide et cohérente à travers l’e-Banking, le Mobile Banking, le Mobile Paiement et les services d’agence augmentée. Par ailleurs, le développement du mobile paiement prévoit l’enrichissement des fonctionnalités actuelles et leur intégration progressive dans un environnement interopérable avec l’administration fiscale et les prestataires de services. À travers ces chantiers, la Banque vise à bâtir une plateforme digitale harmonisée, soutenant l’innovation et améliorant la qualité de service.

La banque introduit désormais la finance islamique, la bancassurance ou encore le plan d’épargne “Pro-Invest”. Comment ces nouvelles offres s’intègrent-elles dans la stratégie d’innovation et de diversification de la CNEP-Banque, traditionnellement centrée sur l’épargne et l’immobilier ?
Dans un environnement économique marqué par la nécessité de se transformer, la CNEP-Banque poursuit sa modernisation et sa diversification. Forte d’un héritage de six décennies au service du développement économique national, elle adopte une dynamique tournée vers l’avenir. Le développement de la finance islamique s’inscrit dans cette vision inclusive et stratégique, destinée à élargir la base clientèle et à proposer des solutions conformes aux principes de la charia, répondant à une demande croissante.
La bancassurance constitue un pilier stratégique majeur, représentant à la fois un gisement de revenus et un levier essentiel de gestion des risques associés aux crédits. Elle contribue au renforcement de la solidité financière de la Banque et à l’amélioration de la compétitivité. En 2025, cette activité s’est consolidée avec deux nouvelles offres : l’Assurance Multirisque Habitation (MRH) et l’Assurance Catastrophes Naturelles (Cat-Nat), qui renforcent le positionnement de la Banque sur les segments de protection.
Le plan d’épargne « Pro-Invest » constitue quant à lui une solution innovante destinée aux professionnels, jeunes entrepreneurs et étudiants. Alliant épargne programmée et financement à taux préférentiel, il introduit une dimension d’accompagnement renforcé et soutient l’inclusion économique.

Face aux transformations profondes du secteur bancaire (digitalisation, concurrence, nouveaux usages), comment évaluez-vous les capacités d’innovation interne de la CNEP-Banque ? Quels leviers organisationnels, humains ou technologiques souhaitez-vous renforcer pour accélérer la modernisation de l’institution ?
Les performances observées et l’élargissement du catalogue de produits témoignent de la forte capacité d’adaptation et d’innovation de la CNEP-Banque. Les nouveaux produits et services digitaux — tels que la plateforme numérique « CNEP-MARKET », la solution de paiement MobiPay, la carte à débit différé TESSHIL et la digitalisation progressive des parcours clients — illustrent la volonté de la Banque d’accélérer sa transformation technologique et de renforcer l’omni-canal.
Cette dynamique s’appuie sur plusieurs leviers : l’Organisation, à travers la modernisation des structures et des processus internes et le renforcement de l’agilité décisionnelle ; le Capital humain, grâce à des programmes de formation orientés vers la montée en compétences et le développement d’une culture d’innovation ; et la Technologie, avec la modernisation continue du système d’information, le renforcement des plateformes digitales et l’amélioration de la relation client omni-canal par des parcours personnalisés.
Ces leviers contribuent à moderniser le fonctionnement global de l’institution, à améliorer la qualité de service et à soutenir la montée en puissance des activités stratégiques.

Quelle est votre vision pour positionner la CNEP-Banque à l’horizon 2030 ? Souhaitez-vous qu’elle demeure avant tout la banque de l’épargne et du logement, ou qu’elle devienne un acteur bancaire universel et pleinement digital orienté services et innovation ?
À l’horizon 2030, la CNEP-Banque ambitionne de renforcer sa position en tant qu’institution moderne, à l’écoute de son environnement et au service de tous les Algériens — particuliers, professionnels et entreprises, résidents ou non-résidents. Elle prévoit de les accompagner tout au long de leur vie à travers des solutions d’épargne et de financement adaptées, ainsi qu’un réseau de distribution classique et digital modernisé, plaçant le client au cœur de sa stratégie.
Cette vision s’articule autour de trois axes : la satisfaction de la clientèle grâce à une offre innovante et inclusive, la valorisation du capital humain, et la modernisation des systèmes, structures et processus. Ainsi, la CNEP-Banque se projette comme une institution inclusive, performante et tournée vers l’avenir, consolidant son image de Banque responsable et citoyenne fidèle à ses valeurs historiques.
H. N. A.

Article précédentAssia Benchabla-Queiroz, administrateur GIE Monétique : « Notre priorité : un système de paiement souverain, interopérable et massivement adopté »
Article suivantMohamed Mebarek, DG de la BDL : « La BDL assume une stratégie offensive au service de l’économie nationale »

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here