À la tête de la Banque de Développement Local (BDL), Mebarek Mohamed, directeur général de l’établissement, dresse un bilan particulièrement positif de l’exercice 2025, marqué par une progression significative des indicateurs financiers, avec un bénéfice net en hausse de 31 %. Deuxième année du plan quinquennal engagé après l’ouverture du capital, 2025 confirme, selon lui, la solidité du modèle de la BDL, fondé sur une forte orientation vers le secteur privé, une agressivité commerciale assumée et l’engagement des équipes. Dans cet entretien, le DG de la BDL revient en détail sur les leviers de performance, la montée en puissance de la transformation digitale, la généralisation des paiements électroniques, le développement de la finance islamique et le rôle central des crédits à l’investissement dans l’accompagnement des mutations économiques du pays. Il expose également la stratégie de la banque en faveur des PME, des start-ups et de l’export, tout en livrant son analyse sur le succès de l’introduction en bourse, devenue un facteur structurant de gouvernance, de transparence et de performance durable.
Interview réalisée par Hacène Nait Amara
La BDL affiche une forte progression de ses indicateurs financiers en 2025, avec un bénéfice net en hausse de 31 %. Quelles sont, selon vous, les principales clés de cette performance et comment envisagez-vous sa consolidation à moyen terme ?
Effectivement, vous évoquez là des résultats encore provisoires, avant l’intégration de certaines charges importantes. Néanmoins, nous pouvons d’ores et déjà confirmer que le bénéfice attendu pour 2025 sera nettement supérieur à celui réalisé en 2024, et même au-delà de ce qui était prévu dans notre plan quinquennal de développement.
Il faut rappeler que 2025 correspond à la deuxième année du plan quinquennal mis en œuvre après l’ouverture du capital. À ce titre, notre obligation de communication envers nos actionnaires nous impose une transparence totale sur nos performances et nos perspectives. Aujourd’hui, je peux les rassurer : le taux de rendement provisoire de l’action BDL dépasse les 5,5 %. En 2024, nous avions servi un rendement de 5,55 %, et nous restons donc sur une dynamique durablement positive.
Cette performance s’explique essentiellement par l’agressivité commerciale de la banque et surtout par l’engagement de nos collaborateurs. La BDL est une banque qui s’est construite dans un environnement concurrentiel exigeant. Nous ne bénéficions pas de dotations publiques importantes et près de 90 % de notre activité est réalisée avec le secteur privé. Cela nous oblige à être performants face à des banques plus grandes, parfois étrangères, disposant d’un savoir-faire ancien. La diversité de nos produits, la réactivité de nos équipes et notre capacité à accompagner efficacement les opérateurs économiques expliquent largement ces résultats.
La transformation digitale constitue une priorité nationale. Quels nouveaux services la BDL prévoit-elle pour enrichir son application et renforcer ses plateformes digitales ?
Nous sommes pleinement engagés dans cette transformation. Le 20 décembre dernier, nous avons lancé une plateforme digitale sur le portail de la Bourse d’Alger permettant la transmission à distance, par internet, des ordres d’achat et de vente d’actions BDL. Cette plateforme a été agréée par la Commission de surveillance des opérations de Bourse.
Aujourd’hui, seules sept banques en Algérie proposent ce service, et nous sommes fiers d’en faire partie. Les clients peuvent désormais effectuer leurs opérations boursières de bout en bout, sans se déplacer, ni remplir de documents physiques.
La BDL a mis en place un dispositif de commerce électronique international, interopérable avec les réseaux Visa et Mastercard. Cette plateforme digitale permet aux entreprises algériennes, et opérateurs économiques, de commercialiser leurs produits et services à l’international, tout en recevant et en effectuant des paiements dans un environnement sécurisé et conforme aux standards internationaux. Elle offre également aux Algériens résidant à l’étranger la possibilité de régler à distance leurs cotisations auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale.
Initialement accessible via le réseau Visa depuis le mois de mai 2025, ce service est désormais étendu au réseau Mastercard, qui a rejoint cette plateforme digitale. Grâce à la BDL, les titulaires des deux cartes internationales peuvent désormais accéder à des services entièrement algériens, dans un cadre sécurisé et conforme aux standards internationaux.
Nous avons également déployé l’application Wimpay, dédiée au paiement mobile. Elle compte aujourd’hui près de 7 000 utilisateurs actifs et est pleinement agréée par la Banque d’Algérie.
Sur le volet crédit, notre plateforme crédit-smart permet désormais le traitement entièrement numérique des dossiers, de l’agence jusqu’à la direction générale, avec pour objectif de réduire progressivement l’usage du papier. Enfin, notre e-banking a été considérablement amélioré, notamment en matière de fluidité, de sécurité et de traitement des opérations de commerce extérieur, avec une nouvelle plateforme de prédomiciliation bancaire.
La BDL est très engagée dans la généralisation du paiement électronique. Quelles sont les prochaines étapes pour réduire la dépendance au cash ?
Le paiement électronique est aujourd’hui une priorité nationale, largement débattue au Parlement, dans le secteur bancaire et sur la scène publique. Les orientations des pouvoirs publics et de nos actionnaires sont claires : il faut encourager l’usage de la carte et renforcer l’inclusion financière.
Concernant les TPE, nous disposons actuellement d’environ 11 000 terminaux opérationnels. Une opération de remplacement des équipements anciens ou défectueux a permis d’en renouveler près de 1 000.
Pour 2025, nous avons acquis 10 000 nouveaux TPE, actuellement en cours de déploiement, avec déjà plus de 1 100 contrats signés avec des commerçants.
Nous menons également des actions de sensibilisation en partenariat avec le ministère du Commerce intérieur et de grands facturiers comme la CNAS. L’objectif est de permettre aux opérateurs de régler leurs redevances par carte ou par prélèvement, sans déplacement ni risque d’erreur.
Pour 2026, notre programme prévoit l’installation de 10 000 TPE par mois, pour atteindre un parc global de 120 000 terminaux. C’est un investissement considérable, mais assumé, car la BDL souhaite être un acteur offensif et moteur de la généralisation des paiements électroniques en Algérie.
Avec l’extension de la gamme Badil, la finance islamique occupe une place croissante. Quels sont vos objectifs sur ce segment ?
La finance islamique est désormais un complément naturel à notre activité classique. En 2025, nous avons été la première banque à servir des financements à la consommation islamiques, notamment pour le financement des véhicules, avec une moyenne de 50 à 60 financements mensuels.
Les ressources issues de la finance islamique dépassent aujourd’hui 11 milliards de dinars, hors comptes sans intérêts. Depuis 2023, cette activité connaît une croissance continue, et notre objectif pour 2026 est de doubler ce volume.
Toutes nos nouvelles agences intègrent désormais systématiquement la finance islamique. Nous avons également élargi les habilitations de nos collaborateurs afin qu’ils puissent opérer aussi bien sur le segment classique que sur le segment islamique. Notre ambition est claire : doubler le chiffre d’affaires de la finance islamique en 2026 par rapport à 2025.
Quel est aujourd’hui le poids des crédits à l’investissement dans votre portefeuille et quels secteurs privilégiez-vous ?
Les crédits à l’investissement représentent aujourd’hui plus de 55 % de nos engagements, avec un objectif de 60 %. Cette orientation est parfaitement alignée avec la stratégie économique nationale visant la création de richesse, d’emplois et le développement des exportations.
Nous intervenons dans l’ensemble des secteurs, sans exclusivité. Nos priorités concernent toutefois la sécurité sanitaire, avec un fort engagement dans le secteur médical, y compris la production pharmaceutique, notamment dans les traitements anticancer. Nous sommes également très actifs dans l’agroalimentaire, l’agriculture, le tourisme – avec plus de 1 200 hôtels financés – le BTP, les matériaux de construction, la sidérurgie et les services. La BDL soutient aussi fortement les PME, les très petites entreprises et les entreprises publiques locales, sur l’ensemble du territoire national, dans une logique d’équilibre régional entre le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest.
Quels dispositifs spécifiques mettez-vous en place pour les PME et les porteurs de projets ?
Nous avons récemment accompagné une émission obligataire de 2 milliards de dinars pour Maghreb Leasing Algérie, entièrement souscrite. Ce type de financement indirect permet de soutenir l’économie réelle hors du crédit bancaire classique.
Nous avons également développé des crédits pour l’aménagement et la transformation des logements des particuliers, sans hypothèque ni acte de propriété, en partenariat avec la SAA. Pour les professions libérales, nous finançons l’acquisition et l’aménagement de locaux professionnels, ainsi que les équipements.
Nous soutenons également l’écosystème des start-ups, notamment à travers notre participation au Fonds Algérien des Start-up (ASF). Enfin, nous avons innové dans le préfinancement des exportations, permettant aux exportateurs de sécuriser leur financement dès le lancement de leurs opérations.
Quelle place accordez-vous à l’open innovation et aux fintech ?
L’open innovation occupe une place importante dans notre stratégie de développement. Nous privilégions une approche pragmatique, fondée sur des partenariats ciblés et créateurs de valeur, notamment dans les domaines des paiements et des services digitaux. Plusieurs start-ups technologiques collaborent déjà avec la BDL au développement de solutions internes adaptées à nos besoins opérationnels. Le marché des fintechs en Algérie demeure en phase de structuration, mais il bénéficie désormais d’un cadre réglementaire incitatif. Dans ce contexte, la BDL reste attentive et ouverte à toute innovation pertinente, dès lors qu’elle s’inscrit dans une logique de sécurité, de conformité réglementaire et de valeur ajoutée pour le client.
L’introduction en bourse de la BDL a été un succès. Quel bilan en tirez-vous ?
L’opération a été une réussite incontestable. Plus de 62 milliards de dinars ont été levés et nous comptons aujourd’hui environ 27 000 actionnaires. La demande a dépassé nos prévisions, au point que nous avons dû restituer des excédents.
Le cours de l’action est stable et en appréciation, ce qui témoigne de la confiance des investisseurs. Le faible volume de revente montre que les actionnaires souhaitent conserver leurs titres, preuve de leur satisfaction.
Cette ouverture du capital nous impose également une exigence accrue de transparence et de performance. La prochaine assemblée générale élective désignera les nouveaux membres du conseil d’administration, qui joueront un rôle central dans le contrôle de gestion et l’amélioration continue de la rentabilité.
H. N. A.




