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Xavier Driencourt, ambassadeur de France en Algérie : «Nous avons des projets à proposer aux algériens»

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Nommé pour la première fois ambassadeur de France en Algérie en 2008, Xavier Driencourt avait quitté son poste en 2012. Façon, raffinée, de dire son affection et l’amitié pour un peuple qu’il «aime bien», Xavier Driencourt eut cette envolée subtile, à son départ : « On ne sort pas indemnes de plusieurs année en Algérie !».
Cinq ans après, il retrouve son poste d’Ambassadeur de France en Algérie pour une deuxième fois. Un fait rare, mais pour autant assez significatif.
Dans cette interview qu’il a aimablement bien voulu accorder au magazine «Indjazat», Xavier Driencourt estime que l’Algérie a changé depuis qu’il l’avait quitté en 2012. Le diplomate français dit revenir avec des «idées de projets à proposer à ses interlocuteurs algériens». Suivez-le…

Interview réalisée par Hacène Nait Amara

Un fait rare qu’un ancien ambassadeur soit nommé au même poste pour une deuxième fois…
Ce n’est effectivement pas courant. Il y a deux exemples actuellement, mon collègue Pierre Sellal, ancien Représentant permanent auprès de l’Union européenne et, qui, après avoir été Secrétaire général est reparti à l’UE à Bruxelles pour un deuxième mandat d’Ambassadeur. Et moi-même à Alger pour la seconde fois après avoir été Inspecteur général. En fait, s’agissant de l’Algérie, il y a eu Hubert Colin de Verdière qui a effectué deux mandats de deux ans chacun à Alger. Pour moi, je dois dire que après mon poste d’Inspecteur général, je me suis demandé dans quelle ambassade et dans quel pays je serais le plus utile. J’ai pensé que je serais plus utile à Alger que dans une «grande» capitale européenne parce que, je l’ai dit, j’ai de l’amitié pour l’Algérie et que j’apprécie ce grand pays. L’Algérie, c’est pour un diplomate, un poste réputé difficile. C’est, de mon point de vue, l’un des plus beaux de la diplomatie française et de l’administration.

Quel est votre sentiment de retrouver l’Algérie, après l’avoir quitté en 2012 ?
Beaucoup de joie à retrouver l’Algérie, un sentiment aussi d’une grande responsabilité de représenter la France pour la seconde fois à Alger. Je l’ai dit le 14 juillet, c’est un honneur et un bonheur. La formule résume mon état d’esprit.

Dans votre discours prononcé le 14 juillet écoulé, à l’occasion de la célébration de la fête nationale française, vous avez déclaré que l’Algérie a changé depuis que l’avez quitté en 2012. Dans quels domaines avez-vous constaté ces changements ?
Oui, il y a des changements: à part la circulation à Alger qui est identique, j’ai quitté une Algérie en 2012 qui n’avait pas la 3G, donc pas de réseaux sociaux. Aujourd’hui, la 4G a transformé ce pays. Les habitants, notamment la jeunesse est très connectée, tout est dans l’immédiateté du commentaire, ce qui rend parfois les choses compliquées. Alger s’est transformée : prenez l’autoroute vers l’aéroport la « Moutonnière », elle ne ressemble pas à l’ancienne autoroute, les bords de mer ont été aménagés. Il y aura bientôt un troisième terminal. La frénésie de construction est également frappante pour le visiteur. On perçoit partout les signes du dynamisme économique qui fait avancer les projets. Et puis, les migrants que l’on voyait peu ou pas en 2012 sont très présents, ce qui montre que l’Algérie est devenue aussi un pays d’immigration.

Dans le même discours vous avez également appelé à la construction d’une relation d’exception entre l’Algérie et la France loin des formules politiques. Que voulez-vous dire par là ?
J’ai simplement voulu dire qu’il faut aller au-delà de ces formules, qui sont utiles, mais il faut les «remplir» par des projets concrets.
Les relations algéro-françaises, ce ne sont pas que des formules, ce sont des relations très «complètes» en ce sens que tous les secteurs de la vie diplomatique sont concernés: la diplomatie dite traditionnelle, mais aussi, la coopération, la formation, les relations humaines et les échanges, les relations universitaires et scolaires, les échanges entre jeunes, entre municipalités (voyez Alger-Marseille, Oran-Bordeaux, Tlemcen-Montpellier, Constantine-Grenoble, Sétif-Lyon et beaucoup d’autres. Pourquoi tous ces échanges? Souvent parce qu’il y a en France des élus, Français, binationaux ou d’origine algérienne qui veulent jouer ce rôle de «passeurs» entre les deux pays. Il y a bien sûr les relations économiques qu’il nous appartient de renforcer et d’approfondir.

La volonté entre Alger et Paris de promouvoir un «partenariat d’exception» a souvent été contrariée par le contentieux mémoriel qui resurgit de façon récurrente dans le débat. Quelle est selon vous la meilleure façon de libérer du piège de mémoire l’ambition de bâtir ce partenariat d’exception?
Le Président Macron lorsqu’il est venu en Algérie comme candidat a eu des formules fortes. Au lendemain de cette visite, il avait affirmé qu’il fallait avoir le courage de dire les choses et ne céder à aucune simplification. Le Président de la République sait l’importance de la mémoire dans l’histoire d’un pays. C’est le passé, c’est l’histoire qui nous aident à bâtir l’avenir. Il n’y a pas d’avenir sans histoire. L’avenir passe par la compréhension de l’histoire, fût-elle difficile ou douloureuse.

Quel regard portez-vous sur les relations algéro-françaises ?
Elles sont fortes, denses, multiples. Alors que mon premier séjour s’est situé dans un contexte parfois tendu, les relations algéro-françaises ont atteint un niveau exceptionnel en intensité sous le quinquennat de François Hollande.Tout le monde le reconnaît. Il faut maintenant maintenir ce haut niveau d’intensité mais aussi le dépasser, lui donner de la «chair, le nourrir avec des projets qui, plus que les mots, dureront.

Certains projets en partenariat sont toujours en suspens, j’en cite l’usine algérienne de Peugeot PSA. Qu’en est-il de ce projet qui revêt un cachet important aussi bien pour la partie algérienne que la partie française ?
Je ne peux répondre à cette question, car j’espère faire un point très vite avec le Ministre de l’Industrie. Mais il y a d’autres projets qui verront le jour, pas uniquement dans l’industrie automobile.

Y a-t-il d’autres projets en partenariat qui vous tient à cœur et pour lesquels vous œuvrez pour leur concrétisation ?
Bien sûr, c’est cela la relation franco-algérienne, il y a une variété de projets dans beaucoup, mais vraiment beaucoup de secteurs. J’ai quelques idées bien sûr, car j’ai eu quatre, cinq années pour réfléchir à ces projets. Mais j’aimerais les affiner et en parler avec mes interlocuteurs algériens. Je reviendrai vers vous le moment venu, c’est promis!

La question des visas est au cœur de la relation algéro-française. Malgré les efforts et les améliorations enregistrées, la prise de rendez-vous reste particulièrement longue. Quelles sont les mesures que comptez-vous prendre pour fluidifier la procédure de prise de RDV, ainsi que le traitement des demandes de visas au niveau des consulats de France en Algérie?
Vous avez raison: il n’est pas normal que le traitement des visas donne lieu à tant de difficultés. C’est un sujet important pour les Algériens, car chaque Algérien a un frère, un oncle, des grands parents, de la famille ou des amis en France et souhaite les rencontrer.D’autres souhaitent faire des affaires, d’autres enfin souhaitent étudier en France etc. Je ne vais pas revenir sur les difficultés de l’hiver dernier, difficultés que j’ai eu à connaître comme Inspecteur général. Disons que toutes les mesures ont été prises au Consulat général d’Alger – mais aussi à Oran et Annaba- et que d’autres seront prises, très vite, pour retrouver une situation normale avec des délais d’attente raisonnables. J’ai pris ce dossier en mains dès mon arrivée en Juillet. Je continuerai à le suivre car c’est ma responsabilité en tant qu’ambassadeur, même si, juridiquement, je n’ai pas de compétences consulaires. Je ne mets en cause personne, ni tel prestataire, ni nos personnels. Mais notez quand même qu’en cinq ans, le nombre de visas pour la France a doublé, en passant de 200 000 à 400 000: on ne traite pas 400 000 visas, == ce qui signifie 600 000 dossiers environ == comme on traite 10 ou 20 ou 200 000 visas. C’est un véritable défi qui nécessite l’adaptation de nos moyens et de nos méthodes à une nouvelle échelle. Que faire si demain il y a 800 000 dossiers ? Nous serons face à un problème d’organisation, de méthodes considérables.

De nouvelles conditions ont été instaurées pour l’octroi de visas d’étude pour les étudiants algériens désirant poursuivre un cursus universitaire en France. Ces mesures ne sont pas du goût des étudiants Algériens qui les considèrent comme étant discriminatoires en ce sens que les étudiants d’autres pays, notamment nos voisins n’y sont pas astreints…
Soyons clairs: il n’y a pas eu de changements de règles ou de conditions. C’est dans l’intérêt même des étudiants, afin de sécuriser leur séjour, que les règles administratives ont simplement été appliquées: plusieurs étudiants – un grand nombre à vrai dire – ont été refoulés ou ont eu des difficultés à la frontière parce que leur titre de séjour ou les documents qui les accompagnaient n’étaient pas valables. L´analyse des premiers dossiers étudiants par le service des visas, au mois de juin, a fait apparaître que plus de la moitié des dossiers présentait une réservation d´hôtel annulée le lendemain ou après la délivrance du visa. Cette situation anormale est préjudiciable pour l´étudiant car il doit justifier d´une adresse à son arrivée en France et dans le cas contraire il peut encourir un refoulement à la frontière ou un refus de délivrance du titre de séjour. C´est donc dans un souci de sécurisation du parcours des étudiants que les consulats généraux de France en Algérie ont mis l´accent sur ce point particulier de la règlementation au regard, notamment, des nombreux cas constatés. Il ne s´agit pas de nouvelles conditions mais seulement de l´application des exigences règlementaires adaptées au contexte algérien, avec comme préoccupation le succès de la procédure engagée. Rappelons aussi que les étudiants algériens forment la troisième communauté estudiantine en France, 7 431 visas long séjour pour études ont été délivrés en 2016.C’est une augmentation de 113% entre 2014 et 2015 et à nouveau de 31% entre 2015 et 2016: il y a donc inévitablement des «bugs», certains dus à l’augmentation des flux, d’autres à des difficultés de gestion, mais en aucun cas il n’y a de remise en cause de notre politique.
H. N. A.

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