La trajectoire que semble emprunter l’Algérie en matière de développement économique, technologique et financier se distingue aujourd’hui par une caractéristique essentielle : la recherche assumée de cohérence systémique. Loin des approches sectorielles fragmentées qui ont longtemps freiné les économies émergentes, la stratégie globale qui se dessine repose sur une vision panoptique portée par les plus hautes autorités du pays, avec la conviction que la transformation durable ne peut résulter que de l’avancée simultanée et coordonnée de l’ensemble des composantes du système de développement.
Cette approche repose d’abord sur une lecture lucide des mutations mondiales. Dans un contexte marqué par la recomposition des chaînes de valeur, la transition énergétique, la révolution numérique et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, il ne s’agit plus simplement de croître, mais de se positionner. L’Algérie semble ainsi s’orienter vers un modèle où la finance, la technologie, l’industrie et le capital humain ne sont plus pensés séparément, mais comme des leviers interconnectés au service d’un même projet de souveraineté économique.
La modernisation du système financier constitue, à cet égard, un socle déterminant. La digitalisation des services bancaires, le développement de la monétique, l’essor des paiements électroniques et l’intégration progressive des fintech traduisent une volonté claire : faire de la finance non plus un simple outil de gestion, mais un accélérateur de l’investissement productif, de l’inclusion économique et de la transparence. Cette dynamique financière crée les conditions nécessaires à l’émergence d’un tissu entrepreneurial plus agile, capable d’absorber l’innovation et de la transformer en valeur.
Mais cette cohérence stratégique serait incomplète sans une réforme profonde des parcours économiques eux-mêmes. La débureaucratisation apparaît désormais comme un levier central de fluidification de l’investissement productif et de libération de l’initiative. En s’attaquant aux lourdeurs administratives, aux délais excessifs et à la fragmentation des procédures, l’État cherche à instaurer un environnement plus lisible, plus rapide et plus favorable à l’acte d’investir. Le principe du guichet unique incarne cette nouvelle philosophie : celle d’une administration facilitatrice, orientée vers l’accompagnement plutôt que le contrôle, et capable de sécuriser les projets tout en accélérant leur concrétisation.
Cette simplification des parcours bénéficie à l’ensemble du tissu économique, sans distinction de taille ou de statut. PME-PMI, startups innovantes, microentreprises et entrepreneurs individuels trouvent progressivement leur place dans un écosystème qui reconnaît la diversité des modèles économiques comme une richesse. Cette approche inclusive favorise l’émergence de champions nationaux, stimule l’exportation, encourage la montée en gamme multisectorielle et renforce l’ancrage territorial de la croissance.
Parallèlement, le digital et l’intelligence artificielle ne sont plus abordés comme de simples options technologiques, mais comme des infrastructures stratégiques. Leur intégration dans l’administration, l’industrie, l’agriculture, l’énergie ou les services ouvre la voie à des gains de productivité structurels et à une meilleure allocation des ressources. L’IA, en particulier, peut devenir un outil puissant d’aide à la décision, de planification et d’anticipation, à condition de s’inscrire dans un cadre souverain, maîtrisé et éthiquement responsable.
Cette montée en puissance ne saurait toutefois être durable sans un ancrage solide dans la recherche, le développement et la formation. La connexion organique entre dynamiques industrielles, universités, centres de recherche et écosystèmes d’innovation constitue l’un des défis structurants de la période actuelle. La valorisation de la recherche appliquée, l’adéquation formation–emploi et la montée en compétence des ressources humaines restent les véritables catalyseurs de cette transformation.
En définitive, la perspective d’une montée en puissance de l’économie algérienne repose moins sur un facteur isolé que sur la qualité de l’orchestration d’ensemble. C’est dans cette capacité à faire converger finance, technologie, industrie, simplification administrative, recherche et formation, dans une logique synergique et inter complémentaire, que réside le véritable enjeu. Si cette cohérence stratégique se consolide dans la durée, l’Algérie dispose des atouts nécessaires pour transformer ses potentialités en puissance économique réelle, compétitive et soutenable.
Par Hacene Naït Amara
