La visite du Premier ministre vietnamien en Algérie a été marquée par une articulation claire entre décision politique et traduction économique. La journée du 19 novembre 2025 s’est structurée en deux temps complémentaires : une rencontre politique au Centre international des conférences (CIC) Abdelatif-Rahal durant la matinée, suivie d’un forum d’affaires l’après-midi à l’hôtel Aurassi. Cette séquence a illustré la volonté des deux pays de donner un contenu concret au rapprochement stratégique engagé ces dernières années.
Par Hacène Nait Amara
La rencontre élargie entre les deux Premiers ministres, tenue au CIC, a constitué le point de départ de la journée. Ce moment a permis de poser le cadre politique de la coopération à venir et de réaffirmer la volonté commune de hisser les relations bilatérales au rang de partenariat stratégique.
Côté algérien, l’accent a été mis sur la dynamique économique actuelle du pays et sur les réformes engagées pour moderniser l’environnement des affaires. Les discussions ont porté sur la nécessité de consolider les bases de ce partenariat, d’intensifier les échanges entre entreprises et d’ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement mutuellement bénéfiques.
La matinée a également été marquée par la volonté de formaliser cette ambition à travers une approche plus structurée, fondée sur l’adoption d’une déclaration de partenariat stratégique et sur l’élaboration d’une feuille de route opérationnelle. L’objectif affiché : sortir de la logique des intentions pour entrer dans celle de la mise en œuvre.
De la mémoire partagée à l’agenda économique
Lors de cette rencontre politique, la référence à l’histoire commune des deux pays a occupé une place importante, mais elle a été mobilisée comme un levier pour l’avenir plutôt que comme un simple rappel symbolique. Les deux parties ont insisté sur le fait que la lutte partagée pour l’indépendance devait désormais se traduire par des projets communs dans les domaines économique, industriel et technologique.
La matinée a ainsi permis de fixer une orientation claire : faire de l’Algérie et du Vietnam non plus de simples partenaires politiques, mais de véritables alliés économiques, capables de construire des chaînes de valeur communes et de mieux s’insérer dans les échanges régionaux et internationaux.
Passer du cadre aux projets
C’est dans ce contexte politique posé dès le matin que s’est tenu, l’après-midi à l’hôtel Aurassi, le Forum économique algéro-vietnamien. Ce second temps fort a donné une dimension concrète aux orientations définies quelques heures plus tôt.
Plus de 200 opérateurs économiques des deux pays se sont retrouvés pour explorer des pistes de coopération et identifier des projets réalisables. Le message transmis aux milieux d’affaires était sans ambiguïté : il ne suffit plus de s’appuyer sur la qualité des relations diplomatiques, il faut désormais produire des résultats mesurables en matière d’investissement, de création d’emplois et de valeur ajoutée.
Un diagnostic partagé sur la faiblesse des échanges
L’un des éléments centraux des échanges à l’Aurassi a été le constat lucide du niveau encore modeste des échanges commerciaux entre les deux pays. Malgré la solidité du lien politique, la coopération économique est restée en deçà des attentes pendant de longues années.
Cette réalité a structuré les discussions, avec une priorité donnée à l’identification des freins : procédures administratives, manque d’information sur les marchés, contraintes logistiques et financières. L’objectif affiché n’était pas de dresser un constat pessimiste, mais de bâtir une approche plus pragmatique, basée sur des projets concrets et des mécanismes de facilitation.
Les entreprises au cœur du dispositif
Les rencontres B2B organisées en marge du Forum ont constitué le cœur battant de l’événement. Des entreprises algériennes et vietnamiennes ont échangé sur des projets couvrant un large éventail de secteurs : hydrocarbures, pétrochimie, textile, énergies renouvelables, transport, services bancaires, paiement électronique, agriculture, mines, numérisation, intelligence artificielle, technologies de l’information, tourisme et services.
Ces échanges directs traduisent une transformation progressive de la relation bilatérale, désormais orientée vers une logique business-to-business, moins dépendante de l’action publique et plus ancrée dans les réalités du marché.
L’Algérie comme plateforme régionale
Tout au long du Forum, l’Algérie a cherché à se positionner comme une plateforme stratégique pour les investissements vietnamiens. Les autorités ont mis en avant la nouvelle loi sur l’investissement, la simplification des procédures, la disponibilité du foncier économique et les grands projets d’infrastructures en cours.
L’idée défendue est celle d’un pays capable de servir de point d’entrée vers le marché africain, mais aussi vers l’espace euro-méditerranéen. Ce positionnement vise à attirer des partenaires industriels de long terme plutôt que de simples flux commerciaux.
Le Vietnam en quête d’ancrage africain
Du côté vietnamien, l’intérêt pour l’Algérie s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenaires et d’expansion vers l’Afrique. Fort de son savoir-faire dans l’industrie manufacturière, l’agroalimentaire et les technologies, le Vietnam cherche des relais de croissance en dehors de l’Asie. L’après-midi à l’Aurassi a ainsi permis de matérialiser une complémentarité stratégique : d’un côté, un pays disposant de ressources, de foncier et d’une position géographique clé ; de l’autre, un pays maîtrisant les chaînes de production et les process industriels.
Une séquence révélatrice d’un changement de méthode
En inversant la logique habituelle, cette journée a symboliquement montré que le politique devait désormais précéder et encadrer l’économique. La rencontre du matin a fixé le cap, celle de l’après-midi a permis de décliner les projets.
Cette méthode marque une évolution dans la gestion de la relation bilatérale : il ne s’agit plus d’accumuler des accords, mais de structurer un processus continu, avec des objectifs, des acteurs identifiés et des échéances.
La séquence du CIC le matin et celle de l’hôtel Aurassi l’après-midi ont ainsi dessiné une architecture cohérente de coopération. Reste désormais l’étape la plus importante : la mise en œuvre.
Le succès de cette nouvelle phase dépendra de la capacité des administrations, des entreprises et des institutions financières à transformer les intentions en projets réels, les protocoles en chantiers et les promesses en investissements durables.
H. N. A.




