Dans un monde traversé par les fractures, les rivalités stratégiques et les logiques d’affrontement, le Moyen-Orient demeure l’un des foyers les plus inflammables de la planète. À chaque montée de tension dans cette région, ce n’est pas seulement la paix locale qui vacille, mais l’équilibre international tout entier qui se trouve menacé. Car le Moyen-Orient n’est pas une périphérie : il est l’un des carrefours énergétiques, commerciaux, politiques et militaires les plus sensibles du monde.
C’est pourquoi la sagesse devrait être aujourd’hui la première exigence des États et des diplomaties. La guerre n’est jamais une fatalité lorsque la volonté de paix existe encore. Elle le devient seulement lorsque les fanatismes l’emportent sur la raison, lorsque les calculs de puissance étouffent la voix des peuples et lorsque les puissants se taisent devant l’injustice ou se rangent, par intérêt, du côté de ceux qui prolongent les conflits. Dans le contexte actuel, les prises de position courageuses contre la guerre ont trop souvent manqué, confortant les va-t-en-guerre et les jusqu’au-boutistes.
La paix n’est pas un supplément moral de la diplomatie. Elle est la condition même de la survie des peuples et de la stabilité du monde. Éviter l’effusion du sang, protéger les civils, empêcher l’élargissement du conflit, préserver le dialogue et défendre le droit international ne relèvent pas d’une posture idéaliste, mais d’une lucidité politique. L’économie mondiale elle-même dépend de la paix, de la sécurité des routes commerciales, de la fluidité des échanges et de la confiance entre les régions. Un Moyen-Orient livré aux flammes fragiliserait les équilibres énergétiques, perturberait les marchés et briserait des chaînes d’approvisionnement vitales.
C’est dans ces moments de grande tension que la voix des États souverains, réellement indépendants dans leur décision, prend tout son sens. L’Algérie appartient à cette catégorie rare de pays qui n’ont jamais construit leur diplomatie sur l’alignement mécanique, la soumission aux puissants ou l’opportunisme conjoncturel. Jamais, historiquement, elle n’a faibli sous la pression d’un quelconque État puissant. Jamais elle n’a troqué son jugement contre une logique de camp. Jamais elle n’a inscrit son action internationale dans une position lâche ou injuste, ni dans un alignement belligérant au mépris du droit et de l’équité.
Cette constance n’est pas seulement un héritage politique. Elle est le produit d’une souveraineté conquise, assumée et défendue. L’Algérie a payé le prix le plus lourd pour devenir maîtresse de sa décision. C’est cette souveraineté qui lui permet, aujourd’hui encore, de mener la politique répondant à ses besoins de développement, mais aussi de prendre, sur les scènes régionales et internationales, des positions fondées sur la justice, le droit des peuples, le principe de non-ingérence, le règlement pacifique des différends et le refus des logiques de domination.
Ce capital de souveraineté a nourri un capital de crédibilité. Dans les situations de crise, l’Algérie peut parler parce qu’elle n’est pas suspecte d’agir pour le compte d’une puissance extérieure. Elle peut proposer, rapprocher, arbitrer et faciliter, parce que sa neutralité n’est pas indifférence, mais exigence d’équilibre et de justice. Elle ne se tient pas à équidistance du droit et de l’injustice ; elle se tient à égale distance des pressions, des chantages et des calculs hégémoniques. C’est cette liberté de position qui fait d’elle un interlocuteur écouté lorsque les conflits exigent une médiation impartiale.
Dans un Moyen-Orient menacé par l’embrasement, l’heure n’est donc ni aux surenchères ni aux démonstrations de force. Elle est à la retenue, à la responsabilité et au courage politique. Le courage, aujourd’hui, n’est pas de battre les tambours de guerre. Il est de dire non à l’escalade, non à la vengeance sans fin, non à la destruction des peuples, non à l’effondrement du dialogue. Il est de rappeler que la paix ne se restaure pas par l’humiliation d’un camp, mais par la reconnaissance des droits, la sécurité de tous, la justice pour les victimes et la primauté du droit sur la force.
Par Hacene Nait Amara
