Accueil L'ÉDITO Financer le développement, non le compromettre

Financer le développement, non le compromettre

0

À New York, la voix de l’Algérie n’a pas seulement porté une revendication technique sur le financement du développement. Elle a rappelé une exigence politique, morale et civilisationnelle : aucune architecture financière internationale ne peut prétendre servir le développement si elle continue de faire peser l’essentiel des risques sur les pays qui disposent déjà des marges de manœuvre les plus réduites. En appelant, devant le forum onusien consacré au financement du développement, à passer d’une logique de financement à une logique de résultats, et d’une responsabilité unilatérale à une responsabilité partagée, le ministre des Finances algérien a donné à la position algérienne toute sa portée : celle d’un plaidoyer pour une justice financière qui ne soit plus un slogan, mais une règle d’action.
Car le problème, aujourd’hui, n’est pas seulement celui du volume des ressources mobilisées. Il est celui de leur efficacité, de leur orientation, de leur gouvernance et de leur impact réel sur les économies vulnérables. Les pays en développement continuent, trop souvent, de subir des mécanismes conçus ailleurs, décidés ailleurs, évalués ailleurs, alors même qu’ils en assument les conséquences sociales, budgétaires et politiques.
Cette asymétrie est au cœur du déséquilibre que l’Algérie dénonce : lorsque les résultats sont insuffisants, ce sont les États bénéficiaires qui portent le poids de l’échec ; lorsque les risques augmentent, ce sont encore eux qui voient leur dette s’alourdir, leurs politiques publiques se contracter, leurs priorités nationales se réduire.
L’Algérie, fidèle à une tradition diplomatique forgée dans les luttes de libération et prolongée dans les combats du Sud global, refuse cette fatalité. Elle ne se contente pas d’invoquer l’équité dans les enceintes internationales ; elle en fait un principe de conduite. En rappelant l’annulation de dettes consentie à plusieurs pays, l’octroi d’aides financières aux États les plus vulnérables et la création d’une Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement dotée d’un milliard de dollars, Alger inscrit son discours dans la cohérence des actes. Elle illustre cette volonté de faire de la solidarité un instrument concret d’intégration et de progrès partagé.
C’est là que réside la singularité de la démarche algérienne. Elle ne plaide pas pour une redistribution passive, mais pour une responsabilité mieux partagée. Elle ne réclame pas une aide sans contrepartie de méthode, mais une réforme des mécanismes afin que les financements produisent des résultats mesurables, durables et conformes aux priorités des pays concernés.
Cette position prend une résonance particulière : elle intervient au moment où la communauté internationale cherche à traduire les engagements financiers en résultats tangibles pour les Objectifs de développement durable.
L’exigence algérienne est donc double. Elle vise d’abord à rendre le système financier international plus juste, en donnant aux pays en développement une place plus forte dans la décision. Elle vise ensuite à rendre l’aide plus efficace, en la libérant des procédures lourdes, des conditionnalités inadaptées et des logiques qui transforment parfois la coopération en dépendance. Il ne s’agit pas de contester la nécessité du financement international, mais de rappeler qu’un financement qui ne transforme pas les réalités sociales, qui n’élargit pas les capacités productives et qui ne renforce pas la souveraineté économique demeure incomplet.
En portant ce message, l’Algérie réveille une conscience internationale parfois assoupie par les chiffres, les annonces et les promesses non suivies d’effets. Elle rappelle que la solidarité n’a de sens que si elle s’adosse à la responsabilité, et que la responsabilité n’est juste que si elle est partagée.
Dans un monde traversé par les crises de la dette, les tensions géopolitiques, les urgences climatiques et les fractures sociales, cette parole algérienne réaffirme une évidence : le développement ne peut être durable que s’il est équitable. Et l’équité, pour l’Algérie, n’est ni une posture ni une rhétorique. C’est une ligne de conduite historique qui s’actualise à chaque fois qu’il est nécessaire d’interpeller les consciences et les responsabilités.
Par Hacene Nait Amara

Article précédentL’Algérie, ce partenaire constant

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here