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Mahfoud El Mokretar, gérant de la Sarl El Mokretar : «La maitrise des coûts de production nécessite l’amélioration du taux d’intégration»

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La production de poissons d’élevage dans la wilaya de Chlef a pris, ces dernières années, une ampleur considérable dépassant même celle de la pêche halieutique. Et c’est grâce à l’engagement de quelques investisseurs privés qui, contre vents et marées, ont réussi à introduire l’aquaculture dans cette région, aidés en cela par les pouvoirs publics déterminés, eux également à en faire une activité prospère et créatrice de richesse. Mahfoud El Mokretar, gérant de la SARL hyponyme El Mokretar, est l’un des pionniers de l’aquaculture à Chlef et au niveau national.
Son entreprise a déjà, à son actif, 24 cages flottantes off-shore produisant annuellement pas moins de 1200 tonnes de poissons élevés en mer. Pour l’heure, seules deux espèces sont produites : la dorade royale et le loup de mer. Dans un proche avenir, l’entreprise compte se lancer dans la production d’autres espèces, mais la priorité est donnée à l’amélioration du taux d’intégration pour une meilleure maitrise des coûts de production et, par ricochet des prix pratiqués sur le marché. Dans cet entretien, Mahfoud El Mokretar affirme que son objectif est de satisfaire les besoins du marché national sans pour autant se détourner de l’autre objectif, qu’est l’exportation, à condition que les contraintes auxquelles son entreprise fait face soient levées. En toute état de cause, l’entreprise «Sarl El Mokretar » réalise actuellement une très bonne performance en devenant un modèle et un exemple à suivre en matière de production aquacole, et ce, grâce aux investissements consentis sur fonds propres et au dévouement d’une équipe formée sur le tas.

Entretien réalisé par Hacène Nait Amara

Vous dirigez une entreprise familiale qui faisait dans la pêche traditionnelle et qui est passée maintenant à une activité plus moderne, à savoir l’aquaculture. Racontez-nous comment s’est fait ce passage..
C’est en 2015 que nous avons lancé, effectivement, l’activité aquacole au sein de l’entreprise avec huit cages flottantes d’une capacité de production de 400 tonnes/an de daurade seulement. Une année après, nous avons fait une extension en rajoutant huit autres cages pour atteindre une capacité de production de 800 tonnes/an. En 2019, nous avons ajouté un réticule de huit autres cages de 29 mètres de diamètres pour une capacité de production de 1200 tonnes/an. Actuellement, nous nous préparons pour le lancement d’un second réticule de huit autres cages pour atteindre une production annuelle de 1800 tonnes, sauf que nous avons été retardés par cette conjoncture de crise sanitaire liée à la Covid-19.

Pourquoi avoir choisi précisément cette région de la côte chélifienne ?
Ce choix a été fait par les experts que nous avons sollicités avant de lancer l’activité. Il s’agit d’une région vierge, loin des grandes villes et ne présente aucun rejet polluant en mer. Il y a aussi d’autres paramètres techniques pris en considération comme la profondeur des eaux, ou encore, l’emplacement du port et sa capacité à accueillir nos équipements.

Quel a été l’accompagnement dont vous avez bénéficié de la part des pouvoirs publics ?
Le ministère de la Pêche et des ressources halieutiques nous a soutenus notamment à travers la formation dont a bénéficié notre personnel en Corée du sud. Nous sommes partis aussi dans d’autres pays pour s’imprégner de leur expérience et ramener un certain savoir-faire dans ce domaine. Nous avons réussi, par la suite, à former nos équipes localement, avec pour objectif de doubler le nombre d’employés à 60 personnes, celles d’aujourd’hui étant à 30 seulement.

Votre choix d’espèce à élever a été porté sur la dorade et le loup de mer. Pourquoi spécialement ces deux espèces ?
C’est parce qu’elles sont les plus adaptées au climat de la mer méditerranéenne.
Elles sont également faciles à commercialiser, bien connues auprès des consommateurs et très demandées sur le marché. Mais nous comptons élargir, à moyen terme, la gamme de poissons élevés dans nos cages si les conditions techniques et financières s’y prêtent.

Quelles sont les principales contraintes auxquelles vous faites face actuellement ?
La principale contrainte que connait l’entreprise est d’ordre fiscal. Nous ne faisons pas l’élevage du bovin ou du volaille ou autres animaux. L’élevage de poisson est une activité spéciale et la TVA qu’on nous impose, au même titre que les autres types d’élevage, nous saigne.

Comment se fait la commercialisation de vos produits ?
Nous avons l’exclusivité de vente avec deux clients et nous travaillons avec des partenaires à l’est, au centre et un peu à l’ouest du pays, qui se chargent d’écouler la marchandise un peu partout à travers le territoire national.

Les quantités produites sont-elles suffisantes pour les besoins du marché ?
Tout dépend des saisons. Nous sommes obligés de réguler notre production selon la demande qui varie d’une saison à une autre. Mais ce qui est sûr, c’est que nous pouvons faire face à toutes les situations. Il faut dire cependant que lorsqu’il y a une baisse de la demande sur le poisson, comme c’est le cas durant ces périodes de confinement, nous sommes obligés de le garder dans les cages, avec tout ce que cela engendre comme coûts et dépenses supplémentaires en nourriture.

Des perspectives à l’export ?
Nous sommes en train de réfléchir à l’exportation et nous préparons déjà une base de sélection de poissons selon les normes internationales pour s’attaquer au marché international, une fois les besoins du marché national seront suffisamment couverts.
Qu’en est-il des prix du poisson ? Le consommateur se plaint de sa cherté sur le marché..
C’est un problème d‘intégration. Pour ce qui est de nos produits, nous important tout de l’étranger, à savoir l’alevin, l’aliment, les cages flottantes…etc. Tout cela coûte très cher et se répercute sur le prix final de notre produit. Nous avons soulevé ce problème aux pouvoirs publics et nous leur avons proposé de faire en sorte que le taux d’intégration de cette activité soit renforcé pour que les produits intrants qu’on importe soient produits en Algérie. Il n’y a que l’augmentation du taux d’intégration qui puisse faire baisser le prix du poisson et le rendre accessible aux petites bourses. n
H. N. A.

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