Accueil ENTRETIENS Elizabeth Moore Aubin, ambassadrice des États-Unis en Algérie : « Entre nos...

Elizabeth Moore Aubin, ambassadrice des États-Unis en Algérie : « Entre nos deux nations, une nouvelle phase de croissance, d’innovation et de prospérité partagée »

0

Partenariat économique en pleine expansion, diversification sectorielle, innovation technologique et investissements durables : la coopération entre l’Algérie et les États-Unis franchit un nouveau palier. Dans cet entretien, Elizabeth Moore Aubin, ambassadrice des États-Unis en Algérie, dresse un bilan résolument positif des avancées enregistrées ces dernières années et des perspectives prometteuses à l’horizon 2026 et au-delà. Énergie, agriculture, agro-industrie, santé, technologies numériques ou encore gestion de l’eau figurent parmi les secteurs clés d’une relation économique qu’elle qualifie de réciproque et mutuellement bénéfique. Forte de la présence de plus de 100 entreprises américaines en Algérie, cette coopération s’appuie sur un climat d’affaires en amélioration, soutenu par le nouveau code de l’investissement, et sur une volonté commune d’innovation, de transfert de savoir-faire et de création de valeur. À travers une dynamique de partenariats stratégiques, la coopération algéro-américaine se positionne comme un levier structurant de croissance durable et de prospérité partagée.

Interview réalisée par Hacène Nait Amara

Comment évaluez-vous, avec le recul, les principales réalisations du partenariat économique entre l’Algérie et les États-Unis, et quels secteurs vous semblent avoir connu les avancées les plus significatives ces dernières années ?
Le partenariat économique entre l’Algérie et les États-Unis gagne en dynamisme. Des avancées significatives ont été réalisées ces dernières années, et je m’attends à ce que cette dynamique se poursuive en 2026 et au-delà. Plus de 100 entreprises américaines opèrent aujourd’hui en Algérie, créant des emplois et contribuant à la croissance économique dans de nombreux secteurs. La relation économique est réciproque, les entreprises américaines et algériennes concluent des accords mutuellement avantageux dans l’énergie, l’agriculture, et au-delà.
Il convient de souligner le potentiel croissant que nous observons dans le secteur de l’énergie. Cette année, 20 entreprises américaines ont participé au NAPEC, soit plus du double du nombre de participants en 2023. Cette hausse notable reflète l’intérêt grandissant et l’engagement des entreprises américaines dans le secteur énergétique algérien. Les entreprises américaines du secteur énergétique sont reconnues pour leur expertise technique, et nous constatons l’émergence de partenariats scientifiques et industriels de grande envergure.
Par exemple, Sonatrach a signé un mémorandum d’entente avec Occidental Petroleum pour renforcer la coopération dans l’exploration et la production d’hydrocarbures, tandis qu’ALNAFT a signé un accord avec Chevron pour développer la coopération offshore. Le potentiel reste important, et cette année, le président Tebboune a rencontré les PDG des sociétés américaines Chevron et Exxon Mobil. Toutes ces initiatives dans ce secteur visent à favoriser la prospérité de l’Algérie comme celle des États-Unis.
Dans le secteur agricole, les entreprises américaines commercent avec l’Algérie, participent aux échanges scientifiques et contribuent à la sécurité alimentaire. Les accords récents sur l’élevage et la génétique bovine illustrent comment l’expertise américaine renforce la production laitière et bovine de l’Algérie et comment les États-Unis soutiennent les efforts de l’Algérie pour développer son secteur agricole dans le cadre de ses objectifs plus larges de diversification économique. Le lancement cet été du projet agro-industriel de Baladna, intégrant des vaches laitières américaines et des systèmes d’irrigation intelligents Valmont, met en évidence les avantages pratiques de la coopération algéro-américaine dans le domaine de l’agriculture et l’intérêt commun mis sur l’innovation.
Les réalisations de cette année ne se limitent pas à l’énergie et à l’agriculture. Nous avons également assisté à des avancées significatives dans le secteur pharmaceutique et celui de la santé, grâce à des investissements américains qui contribuent à améliorer les résultats en matière de santé publique. Dans les télécommunications et les technologies, les entreprises américaines modernisent l’infrastructure numérique de l’Algérie pour un monde plus connecté.

Comment les investisseurs américains perçoivent-ils aujourd’hui le climat des affaires en Algérie, et quel rôle joue selon vous le nouveau code de l’investissement dans l’amélioration de l’attractivité et de la lisibilité du cadre d’investissement ?
Le nouveau code de l’investissement constitue une avancée positive dans ses efforts visant à diversifier l’économie et à libérer le potentiel de l’investissement étranger. Un climat des affaires fondé sur la transparence, des procédures claires, la sécurité juridique et la stabilité est indispensable pour faciliter l’accès au marché et encourager les investissements à long terme.
La simplification de la réglementation et la clarification des incitations prévues par la nouvelle loi correspondent exactement aux mesures recherchées par les investisseurs internationaux. La poursuite de la mise en œuvre de ces réformes, accompagnée d’un engagement constant en faveur de la transparence et d’un cadre juridique claire, renforcera davantage l’attractivité de l’Algérie auprès des investisseurs américains.

Au-delà des hydrocarbures, quels sont selon vous, les secteurs hors énergie qui présentent le plus fort potentiel pour les entreprises américaines en Algérie, notamment dans l’agriculture, l’agro-industrie et la gestion de l’eau ?
Plusieurs secteurs offrent un fort potentiel pour les entreprises américaines en Algérie. L’agriculture et l’agro-industrie figurent parmi les plus prometteurs. Le partenariat agricole entre l’Algérie et les États-Unis est particulièrement solide, l’expertise et les technologies américaines favorisent une production durable, une sécurité alimentaire et une transformation de produits à forte valeur ajoutée.

Outre les accords précités concernant les vaches laitières américaines et les systèmes d’irrigation intelligents, nous observons une collaboration concrète et des échanges commerciaux de produits agricoles tels que le soja, le blé, les fruits à coque et l’huile de soja. La gestion de l’eau constitue un autre domaine à fort potentiel. Compte tenu du climat aride de l’Algérie, la demande en solutions innovantes dans l’irrigation, le dessalement et le traitement des eaux est importante. Les entreprises américaines sont des leaders mondiaux dans ces technologies et peuvent aider l’Algérie à relever les défis liés à la rareté de l’eau et à renforcer sa productivité agricole. Par ailleurs, les entreprises américaines voient des opportunités dans les domaines de la santé, du bois, des produits pharmaceutiques, de la défense et de l’éducation, autant de secteurs alignés sur la stratégie algérienne de diversification économique et offrant des perspectives de collaboration mutuellement bénéfique.

Dans un contexte de modernisation numérique, comment appréciez-vous l’intérêt des entreprises américaines pour le marché algérien des TIC, et quelles opportunités spécifiques voyez-vous émerger avec l’introduction progressive de la 5G ?
Les entreprises américaines s’intéressent fortement au marché algérien des TIC, d’autant plus que le pays avance dans sa stratégie de modernisation numérique. L’Algérie compte plus de 35 millions d’internautes. Ce niveau élevé de connectivité stimule la croissance du commerce en ligne, de la fintech et d’autres secteurs qui dépendent d’un accès internet performant. Des entreprises américaines collaborent déjà avec des sociétés algériennes dans les télécommunications, les infrastructures numériques et les services technologiques. Cette année, plusieurs grandes multinationales américaines ont manifesté un intérêt particulier pour le marché algérien des TIC, notamment dans l’installation de réseaux et les équipements.
Le 3 décembre 2025, l’Algérie a officiellement lancé la 5G pour les téléphones mobiles. L’introduction progressive de la 5G ouvre de nouvelles opportunités passionnantes — non seulement pour une connectivité plus rapide, mais aussi pour le développement de villes intelligentes, de l’e-gouvernement, de la télémédecine et de l’industrie manufacturière de pointe. Les entreprises américaines peuvent apporter leur expertise dans les domaines du déploiement de réseaux, de la cybersécurité, du cloud computing et de la formation aux compétences numériques. À mesure que l’Algérie modernise son secteur des TIC, les entreprises américaines sont bien placées pour soutenir l’innovation, renforcer la connectivité et accélérer la transformation numérique. L’Algérie a élaboré une nouvelle stratégie numérique, qui s’étend jusqu’en 2030, fondée sur l’amélioration de la future loi sur la digitalisation et le renforcement de la cybersécurité. Cette stratégie devrait créer un environnement favorable à l’innovation et à la croissance économique.
Par ailleurs, depuis la création du ministère de l’Économie de la Connaissance, des Startups et des Microentreprises, les start-ups algériennes proposent des solutions numériques certifiées. L’Algérie ambitionne également d’intégrer l’intelligence artificielle dans tous les secteurs, de renforcer la recherche et de développer les compétences des jeunes entrepreneurs. L’une des concrétisations de ces efforts est la création de l’École Nationale Supérieure d’Intelligence Artificielle (ENSI). Ces initiatives suscitent un intérêt croissant, non seulement de la part des entreprises américaines déjà implantées en Algérie, mais également de celles souhaitant y établir une présence. Nous sommes impatients de voir comment ces partenariats contribueront à la réalisation des ambitions numériques de l’Algérie.

Quel est, selon vous, l’apport concret de la Chambre Américaine de Commerce et du Conseil d’Affaires algéro-américain dans l’accompagnement des investisseurs et la facilitation des partenariats entre les deux pays ?
La Chambre de Commerce Américaine et le U.S.-Algeria Business Council jouent un rôle essentiel dans le renforcement des liens économiques et l’accompagnement des investisseurs. Ils constituent des plateformes clés de dialogue, de mise en relation, et d’échange d’informations entre entreprises américaines et algériennes. Ces organisations aident à identifier les opportunités, à relever les défis et à promouvoir des politiques favorables à un climat des affaires attractif.
La section commerciale de l’Ambassade rencontre fréquemment la Chambre, collaborant étroitement avec elle pour identifier les opportunités de coopération entre entreprises algériennes et américaines. Ensemble, ils organisent des missions commerciales aux États-Unis et en Algérie, ainsi que des forums d’affaires et des programmes de formation qui favorisent les partenariats et les joint-ventures.
Parmi ces initiatives, figure la rencontre B2B organisée en marge de SelectUSA 2025 par le Service Commercial, le Counseil et le CREA, qui a réuni des entreprises américaines et algériennes lors de la principale conférence d’investissement des États-Unis. La Chambre organise également des tables rondes et des réunions pour explorer les opportunités offertes aux entreprises américaines en Algérie.
En mettant en relation les acteurs économiques et en offrant un soutien concret, la Chambre et le Conseil jouent un rôle clé dans le renforcement des relations commerciales, garantissant que les deux pays tirent pleinement parti de l’expansion du commerce et des investissements.
H. N. A.

Article précédentAbdelmouneim Othmani Marabout, DG de la Banque Al Baraka d’Algérie : « Faire d’Al Baraka la première Banque privée d’Algérie d’ici 2028 sans manquer à l’éthique »
Article suivantLes leviers de la souveraineté économique

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here