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Robert Van Embden, Ambassadeur des Pays-Bas : «L’Algérie est notre partenaire économique numéro 1 dans le Maghreb»

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L’Algérie et le royaume des Pays-Bas ont décidé, depuis quelques années déjà, de donner à leurs relations économiques et politiques un nouvel élan, en optant pour une coopération tout azimut. Un effort particulier est cependant consacré au secteur agricole dans lequel les Pays-Bas excellent. D’ailleurs, un bureau spécialement dédié à la coopération dans ce domaine a été créé au sein de la représentation diplomatique néerlandaise à Alger. Son Excellence l’Ambassadeur des Pays-Bas en Algérie, Robert Van Embden, évoque, dans cet entretien accordé à Indjazat, la volonté de resserrer les liens économiques et politiques entre les deux pays et de les élargir autant que possible. Pour lui, les deux pays gagneraient aujourd’hui à développer l’investissement et le partage de savoir-faire dans tous les secteurs d’intérêt commun.

Entretien réalisé par Hacène Nait Amara

Comment évaluez-vous aujourd’hui la coopération bilatérale entre les Pays-Bas
et l’Algérie ?
Les Pays-Bas et l’Algérie ont des relations traditionnelles de longue date, qui remontent à l’indépendance du pays en 1962. La coopération entre les deux pays est fructueuse et l’Algérie est notre partenaire économique numéro 1 dans le Maghreb. Les échanges commerciaux entre les deux parties sont estimés à près de 2 milliards de dollars, représentés notamment par les exportations des hydrocarbures algériennes, le GNL plus particulièrement. De notre part, nous exportons vers l’Algérie des produits agricoles et agroalimentaires, des équipements, des produits chimiques et autres. Nous pouvons constater sur ce plan que ces échanges sont en faveur de l’Algérie, grâce à ces exportations d’hydrocarbures et que les Pays-Bas exportent vers l’Algérie, essentiellement des produits agricoles. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, l’année dernière, le ministère de l’agriculture néerlandais a pris la décision de créer, ici même au sein de l’ambassade des Pays-Bas à Alger, un poste dédié aux affaires agricoles, avec pour mission de promouvoir les échanges commerciaux entre les deux pays, les investissements et le transfert de savoir-faire dans ce secteur. Je peux dire aussi que notre coopération avec l’Algérie s’est renforcée ces dernières années et porte dorénavant sur plusieurs volets. Au plan politique, depuis la redynamisation de la commission mixte algéro-néerlandaise, en 2016, les échanges de vue se font de plus en plus fréquents et des accords spécifiques ont été conclus dans tous les domaines de coopération entre les deux pays et concerne autant les questions économiques, que l’émigration, la lutte anti-terroriste et bien d’autres encore.

Ces échanges ne sont toujours pas à la hauteur du potentiel dont jouissent les deux pays. Selon vous, comment pourrait-on les renforcer ?
Nous aimerions bien évidement que les échanges commerciaux et la coopération entre nos deux pays s’intensifie. D’ailleurs, le travail que nous faisons va dans le sens de la promotion et de l’intensification de la coopération bilatérale. Mais cela dépend également des opérateurs économiques algériens et néerlandais, car nous ne pouvons pas leur imposer une destination spécifique. Il n’en demeure pas moins que le potentiel des échanges s’avère énorme, d’autant que l’Algérie qui représente un marché de 42 millions d’habitants jouit de plusieurs atouts économiques non seulement dans le secteur des hydrocarbures, mais aussi dans l’agriculture, le tourisme et bien d’autres encore.

Dans quelle filière, plus précisément, voudrait-on renforcer la coopération agricole algéro-néerlandaise ?
L’Algérie a un grand potentiel dans secteur agricole de par les atouts naturels dont elle dispose. Mais les difficultés traversées par le pays conjugué à une forte et rapide croissance démographique ont fait de l’Algérie un importateur de produits agricoles. Nous pourrions nous contenter de vendre nos produits à l’Algérie, mais nous favorisons une approche centrée sur le développement de l’investissement et le partage de savoir-faire. Les Pays-Bas sont le deuxième pays exportateur de produits agricoles dans le monde, après les Etats-Unis et notre agriculture jouit d’une grande technicité. C’est pourquoi nous voudrions accompagner l’Algérie dans le processus de développement de son agriculture et promouvoir les exportations algériennes de fruits et légumes.

Justement, vous avez annoncé, en 2018, l’intention des Pays-Bas de lancer un projet de partenariat avec l’Algérie en vue d’accompagner les opérateurs algériens désireux de placer leurs produits sur les marchés extérieurs. Où en êtes-vous dans la réalisation de ce projet ?
J’ai personnellement discuté de ce projet avec le ministre algérien de l’Agriculture. Il y a un institut pour la promotion des exportations des pays en voie de développement. Ils ont effectué une mission en Algérie pour voir comment contribuer et aider à la chaîne des valeurs dans le domaine des exportations agricoles. Nous avons dans ce sens proposé et soutenu plusieurs projets qui pourraient renforcer la production, la récolte et l’écoulement des produits sur le marché national et international. J’aimerai à ce propos rappeler au gouvernement algérien notre entière disposition à participer au développement de ce secteur, mais aussi d’autres secteurs comme le transport maritime où nous avons déjà un partenariat entre le port d’Alger et celui d’Amsterdam. Nous étudions aussi les possibilités de coopération entre le port de Rotterdam, le plus grand d’Europe, et les ports d’Algérie, notamment celui d’Oran, sachant que la flotte maritime algérienne compte plus d’une centaine de navires de fabrication néerlandaise. Les Pays-Bas ont une expertise avérée dans le domaine portuaire ; expertise dont nous souhaitons faire profiter nos partenaires l’Algériens.

Y a-t-il d’autres secteurs qui pourraient faire l’objet d’une coopération entre les deux pays ?
Effectivement, j’ai eu récemment des entretiens avec le ministre des Ressources en eau, Arezki Berraki, au sujet de la coopération de nos deux pays dans le domaine de la gestion des ressources en eau. J’ai affirmé à ce propos que les Pays-bas sont en mesure d’apporter leur contribution dans le développement de ce secteur, que ce soit pour l’eau destinée à l’irrigation agricole ou celle destinée à la consommation des citoyens.

Une convention de coopération devait être signée entre le ministère de l’Environnement et des énergies renouvelables et l’Ambassade des Pays- Bas en Algérie, dans le domaine de la gestion des déchets. Pouvez-vous nous en parler un peu ?
L’environnement et la gestion des déchets constituent un secteur de coopération très prometeur, de par l’urbanisation à grande vitesse de l’Algérie. Tout le monde sait maintenant qu’il y a toute une économie circulaire derrière le recyclage des déchets, la récupération des pneus par exemple, ou les gravats des constructions démolies. Là aussi, il s’agit de partager le savoir-faire néerlandais dans ce domaine et d e proposer des solutions innovantes.

Qu’en est-il du domaine de l’énergie ?
En parlant de la coopération, nous ne pouvons pas bien entendu omettre le secteur de l’énergie. C’est vrai que nos deux pays sont déjà engagés dans plusieurs partenariats dans le domaine des hydrocarbures, mais notre plus grand atout c’est les énergies renouvelables. L’Algérie ne devrait pas trop s’inquiéter, à long terme, de la baisse des prix du pétrole, en ce sens que le pays dispose de potentialités énormes dans le domaine de l’énergie renouvelable, notamment le photovoltaïque, pour le grand sud, et l’éolien dans les Haut plateaux. Dans ce cadre, j’ai signé, en 2018, un programme exécutif avec le ministère algérien de l’Environnement et des Energies renouvelable portant sur un accord d’assistance à la certification photovoltaïque sur lequel le Centre des Energies renouvelables des Pays-Bas et le Centre National des Technologies de Production plus Propre  (CNTPP) algérien travaillent actuellement.

Que peux faire le gouvernement néerlandais pour encourager les investissements néerlandais en Algérie ?
Je dois rappeler à ce sujet que lors de la dernière commission mixte algéro-néerlandaise, les Pays-Bas et l’Algérie ont signé une convention portant sur la non double imposition entre les deux pays, et ce, suite aux sollicitations de nos opérateurs économiques. Nous espérons que l’Algérie finalise bientôt la ratification de cet accord pour qu’il puisse entrer en vigueur le plus tôt possible. Cette accord illustre bien notre démarche qui consiste avant tout à mettre en place, en collaboration avec nos partenaires algériens, un cadre attractif pour les opérateurs économiques et favorisant les investissements. Mon homologue algérien à La Haye s’attelle certainement à faire connaitre le potentiel économique algérien et à informer nos opérateurs économiques du climat des affaires propices à l’investissement qui règne sur le marché algérien. La suppression de la règle 51/49 dans la loi de Finances 2020 est déjà, à mon avis, une mesure à même d’encouragé les investisseurs étrangers de venir s’installer en Algérie. J’aimerai souligner, à ce propos, que beaucoup de nos opérateurs ont de bons partenaires algériens et font du business depuis longtemps, dans divers secteurs. Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est d’intéresser de nouvelles entreprises néerlandaises, multinationales ou même des PME, qui ne connaissent pas encore le pays, à venir investir en Algérie. Je tiens à souligner, dans ce cadre, que le conseil d’affaire algéro-néerlandais a pour vocation, entre autres, d’accompagner les nouveaux entrants sur le marché algérien, que ce soit pour le commerce ou pour d’éventuels investissements.

Vous avez organisé le mois dernier une journée dédiée aux Pays-Bas à Constantine ? Quel en a été l’objectif ?
J’aimerai d’abord dire que toutes les villes d’Algérie nous intéressent. Nous nous intéressons à la capitale, mais aussi à d’autres régions du pays, à l’Est, à l’Ouest et au Sud. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’organisée une journée dédiée au Pays-Bas à Constantine pour montrer plusieurs éléments de la coopération entre nos deux pays sur le plan économique et culturel. Nous avons annoncé, à ce propos, le lancement des inscriptions dans le cadre du programme «Orange Corners» dédié à l’accompagnement de start-up innovantes. Cet évènement a pour objectif de favoriser l’entreprenariat des jeunes qui constitue l’un des objectifs clés de la diplomatie économique du gouvernement des Pays-Bas. n
H. N. A.

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