La visite effectuée à Alger, les 8 et 9 juin 2026, par Ban Ki-moon, ancien Secrétaire général des Nations unies et actuel président de l’Assemblée et du Conseil d’administration de l’Institut mondial pour la croissance verte, a donné lieu à une séquence diplomatique placée sous le signe du développement durable, de l’économie verte et de la coopération internationale face au changement climatique. Reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, puis associé à l’ouverture du bureau d’Alger du GGGI, l’ancien chef de l’ONU a inscrit son déplacement dans une lecture positive du rôle régional et international de l’Algérie.
Par Hacène Nait Amara
Cette visite intervient dans un contexte où les enjeux climatiques, énergétiques et environnementaux s’imposent de plus en plus comme des déterminants majeurs des relations internationales. À Alger, Ban Ki-moon a salué la place que l’Algérie peut occuper dans cette nouvelle géographie de la durabilité, en raison de sa position stratégique, de son ancrage africain, arabe et méditerranéen, mais aussi de son engagement dans la coopération Sud-Sud.
Une séquence diplomatique à forte portée symbolique
Le premier temps fort de cette visite a été l’audience accordée, lundi 8 juin, par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à Ban Ki-moon, accompagné d’une importante délégation. La rencontre s’est déroulée en présence de hauts responsables de l’État, dont le directeur de Cabinet de la Présidence de la République, Boualem Boualem, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, le conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques, Amar Abba, ainsi que la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouthar Krikou.
Cette audience a donné le ton d’une visite située à la croisée de la reconnaissance diplomatique et de la projection stratégique. Elle a confirmé l’intérêt accordé par Alger aux partenariats internationaux dans les domaines de la durabilité, du climat et de la transition verte, tout en inscrivant la présence de Ban Ki-moon dans une perspective dépassant le seul registre protocolaire.
L’Algérie présentée comme trait d’union régional
Le mardi 9 juin, Ban Ki-moon a donné une conférence au siège du ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, sous le thème : « Renforcer les partenariats en faveur de la croissance verte : répondre à la crise de la durabilité et approfondir la coopération internationale face au changement climatique ». Devant des responsables de l’État, il a salué le rôle joué par l’Algérie dans la promotion du développement durable à l’échelle internationale.
L’ancien Secrétaire général de l’ONU a estimé que « l’Algérie peut jouer un rôle important » dans les efforts de développement durable, en la qualifiant d’« acteur diplomatique respecté », de « trait d’union entre l’Afrique, le monde arabe et la région méditerranéenne » et de « pionnière de la coopération Sud-Sud ». Ces formules donnent à la visite une portée politique claire : l’Algérie est perçue comme un espace de jonction entre plusieurs ensembles géopolitiques et comme un partenaire capable de contribuer à la construction de réponses collectives face aux défis climatiques.
Le climat, enjeu économique et sécuritaire
Ban Ki-moon a insisté sur le fait que les questions climatiques dépassent désormais le seul cadre environnemental. Elles relèvent, selon lui, d’enjeux économiques, sociaux, de développement et de sécurité mondiale, touchant toutes les régions et toutes les catégories de la société. Cette lecture rejoint l’évolution du débat international, où le climat est devenu un facteur structurant des politiques publiques, des stratégies énergétiques et des équilibres géopolitiques.
Dans ce contexte, l’ancien chef de l’ONU a salué les politiques menées par l’État algérien en matière de préservation de l’environnement, de réalisation des Objectifs de développement durable et de promotion de l’économie verte. Il a également mis en avant les efforts conduits par l’Algérie avec différentes organisations internationales, notamment les Nations unies, face aux effets du changement climatique et à la perte de biodiversité.
Une vision algérienne fondée sur la souveraineté et les partenariats
De son côté, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Lounès Magramane, a réitéré l’engagement de l’Algérie à œuvrer pour la réalisation des Objectifs de développement durable. Il a souligné que les questions du climat et de la croissance verte figurent désormais au cœur de l’agenda diplomatique mondial, tout en rappelant que la vision algérienne s’inscrit dans un projet intégré, conciliant respect des normes environnementales et souveraineté nationale.
Lounès Magramane a également évoqué les projets d’énergie solaire et d’hydrogène vert en cours de réalisation à l’échelle nationale, en insistant sur le rôle des partenariats pour atteindre les objectifs fixés. Cette approche permet de replacer la visite de Ban Ki-moon dans une perspective plus large : celle d’une Algérie qui entend articuler transition énergétique, coopération internationale, valorisation de ses ressources et développement économique.
Alger, point d’appui pour les transitions vertes
L’ouverture du bureau d’Alger du GGGI, intervenue au cours de cette visite, a constitué l’un des moments structurants de la séquence. Sans se limiter à un geste institutionnel, cette implantation donne une traduction concrète à l’adhésion de l’Algérie à une dynamique internationale tournée vers la croissance verte, la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et l’économie durable.
Cette dimension opérationnelle a été renforcée par la présentation de l’écosystème algérien des startups actives dans l’économie verte et les technologies agricoles. Elle souligne l’importance accordée à l’innovation locale et aux solutions pratiques dans la mise en œuvre des politiques de durabilité, notamment à travers des projets capables de relier les institutions, les entreprises, les compétences nationales et les besoins du continent africain.
Une portée africaine assumée
La visite de Ban Ki-moon a également mis en évidence la dimension africaine de l’engagement algérien. En soulignant que le bureau d’Alger pouvait constituer une opportunité de travail au service des peuples d’Afrique, l’ancien Secrétaire général des Nations unies a inscrit cette implantation dans une logique régionale, au-delà du seul cadre bilatéral entre l’Algérie et le GGGI.
Cette lecture rejoint la position géographique et diplomatique de l’Algérie, située au croisement de l’Afrique, du monde arabe et de l’espace méditerranéen. Elle conforte l’idée d’un pays capable de servir de plateforme de dialogue sur des enjeux qui concernent à la fois le climat, l’énergie, la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et la résilience des économies africaines.
Une visite entre reconnaissance et projection
Au terme de ces deux journées, la visite de Ban Ki-moon apparaît comme une séquence à la fois symbolique et prospective. Symbolique, par l’audience présidentielle et la reconnaissance officielle accordée à l’ancien chef de l’ONU. Prospective, par l’ouverture d’un nouvel espace de coopération autour de la croissance verte et de la durabilité.
En saluant le rôle de l’Algérie comme « acteur diplomatique respecté » et « trait d’union » entre plusieurs espaces régionaux, Ban Ki-moon a donné à son déplacement une portée qui dépasse le protocole. Sa visite a consacré une orientation stratégique : faire d’Alger l’un des points d’appui d’une coopération internationale renouvelée autour de l’économie verte, de la transition climatique et de la solidarité Sud-Sud.
H. N. A.
Le GGGI, un instrument international au service de la croissance verte
L’Institut mondial pour la croissance verte, connu sous son sigle anglais GGGI, pour Global Green Growth Institute, est une organisation internationale dont le siège est situé à Séoul. Sa création a été convenue en 2012. L’Algérie y a adhéré à la mi-2025, en application des orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Le bureau d’Alger de l’Institut mondial pour la croissance verte a pour vocation de renforcer la coopération et la coordination entre l’Algérie et cette organisation, notamment dans les domaines du développement durable, de la sécurité alimentaire, de la protection de l’environnement et du développement de l’économie verte.
L’Institut vise également à renforcer les capacités techniques des États membres dans les différents domaines liés à la croissance verte et à la durabilité. À Alger, l’ouverture de ce bureau donne une dimension opérationnelle à l’adhésion de l’Algérie au GGGI et conforte son ambition de devenir un point d’appui régional pour les politiques de transition verte, notamment en direction de l’Afrique.
H. N. A.




