Accueil L'ÉDITO Une femme à la tête de l’APN : Historique

Une femme à la tête de l’APN : Historique

0

Il est des élections qui désignent un responsable et d’autres qui déplacent une frontière. Celle de Khalida Boufedech à la présidence de l’Assemblée populaire nationale appartient à la seconde catégorie. Pour la première fois depuis l’indépendance, une femme accède au perchoir de la chambre basse du Parlement algérien. Le fait dépasse la mécanique institutionnelle : il touche à la représentation qu’une société se fait d’elle-même, de ses possibles et de son avenir.
Le retentissement international ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Dans les heures qui ont suivi le scrutin, BBC Arabic, France 24, RFI, Le Monde, Euronews, Africanews, Al Jazeera, Al-Monitor, Anadolu, TRT, Xinhua, SANA et de nombreux médias arabes et africains ont relayé l’événement. Un relevé de veille en a comptabilisé au moins vingt-cinq pour la seule journée du 29 juillet. Partout ou presque, le même qualificatif s’est imposé : « historique ». La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a elle-même salué une « étape majeure dans l’histoire politique de l’Algérie ».
Cette portée symbolique prend un relief particulier dans un pays où la place des femmes n’a jamais été une question abstraite. Les forces du progrès social y ont régulièrement eu maille à partir avec celles de la régression, celles qui rêvent encore de renvoyer aux fourneaux la moitié de la société, comme si un pays pouvait entrer dans la modernité en se privant de la moitié de son intelligence, de ses compétences et de ses énergies.
C’est aussi dans ce contexte qu’il convient de replacer les appels répétés du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à promouvoir davantage la femme dans la société et au sein des institutions publiques. Dans ses discours comme dans ses interventions médiatiques, le chef de l’État n’a cessé d’insister sur la nécessité de permettre aux Algériennes d’accéder pleinement aux responsabilités, à la mesure de leurs compétences, de leur niveau de formation et de leur contribution au développement national. L’élection d’une femme à la tête de l’Assemblée populaire nationale donne ainsi une traduction institutionnelle particulièrement forte à une orientation politique affirmée à plusieurs reprises : celle d’une présence féminine qui ne soit plus seulement visible dans les universités, les administrations ou les professions qualifiées, mais également là où s’exerce la décision.
Or l’Algérie réelle dément chaque jour les visions étriquées qui voudraient encore assigner les femmes à une place secondaire. Elles représentent aujourd’hui 63 % des étudiants inscrits dans les universités et atteignent des proportions plus élevées encore dans certaines filières. Elles sont médecins, chercheuses, ingénieures, enseignantes, magistrates, cadres, entrepreneures. Comment pourrait-on continuer à former massivement des femmes pour ensuite leur demander de s’arrêter au seuil des lieux où se prennent les décisions ?
L’Histoire algérienne, au demeurant, avait répondu à cette question bien avant nous. Les femmes furent agentes de liaison, infirmières, militantes, combattantes, collectrices de fonds, soutiens des maquis et actrices de la lutte de Libération nationale. Et lorsqu’au cours de la décennie noire l’obscurantisme terroriste voulut précisément les chasser de l’école, du travail et de l’espace public, elles furent parmi ses premières victimes, mais aussi parmi les figures les plus déterminées de la résistance civile. Elles payèrent cher leur refus de disparaître.
C’est pourquoi l’élection de Khalida Boufedech ne saurait être considérée comme une faveur accordée aux femmes. Elle est la reconnaissance d’une évidence : aucune ambition de développement national ne peut aboutir sans leur pleine participation. Une nation ne peut appeler ses filles à exceller à l’université et leur fermer ensuite les espaces de responsabilité.
Le symbole, certes, ne suffit pas. Une femme au perchoir n’efface pas à elle seule la faiblesse persistante de la représentation féminine dans les assemblées élues. Mais les symboles ont parfois cette vertu essentielle : ils brisent un plafond, ouvrent un précédent et rendent ordinaire demain ce qui paraissait exceptionnel hier.
Après les moudjahidate de la Libération, après les femmes debout face au terrorisme, vient le temps des femmes pleinement présentes dans la science, l’économie, l’entreprise et la décision publique. L’élection de Khalida Boufedech vaut ainsi moins comme un aboutissement que comme une promesse : celle d’une Algérie qui ne demande plus à ses femmes de prouver qu’elles ont leur place, mais leur donne enfin les moyens de l’occuper.
Hacène Nait Amara

Article précédentATM Mobilis conclut un partenariat avec Youcef Ibrahim ZEGHBA

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here