Il est des inflexions économiques qui ne se mesurent pas seulement à l’aune d’un taux de croissance, mais à la cohérence d’une trajectoire. Celle que l’Algérie cherche à imprimer à son économie repose désormais sur plusieurs leviers qui commencent à converger : amélioration de la gouvernance financière, diversification de la base productive, mobilisation de l’investissement, substitution progressive aux importations et réactivation d’un appareil industriel appelé à produire davantage de valeur sur le territoire national.
Les dernières conclusions du Fonds monétaire international donnent à cette évolution une traduction chiffrée. Avec une croissance estimée à 3,9 % en 2025 et attendue à 3,8 % en 2026, l’économie algérienne conserve une dynamique soutenue. Mais le signal le plus significatif se situe ailleurs : l’activité hors hydrocarbures a progressé de 4,3 % en 2025 et devrait encore croître de 4 % en 2026, à un rythme supérieur à celui du secteur pétrolier et gazier. Le FMI estime ainsi que le programme de réformes engagé a favorisé à la fois la diversification et une croissance robuste. Cette évolution importe parce qu’elle traduit progressivement le passage d’une économie fortement dépendante de la rente à une économie qui cherche à mobiliser ses propres ressorts productifs. Agriculture, mines, industries de transformation, sidérurgie, matériaux de construction ou encore production d’engrais participent désormais à cette recomposition. La question n’est plus seulement d’extraire ou d’importer, mais de transformer, produire, intégrer et exporter.
C’est dans cette logique que prennent sens les grands projets miniers, les investissements industriels structurants et la volonté affichée de reconstruire des chaînes de valeur nationales. Le phosphate, le minerai de fer, l’industrie automobile et ses composants, la pétrochimie ou les industries agroalimentaires illustrent, chacun à leur manière, cette recherche d’une intégration plus profonde. Réduire une importation lorsqu’un produit peut être fabriqué en Algérie n’est pas seulement une mesure comptable : c’est créer une commande pour une entreprise nationale, maintenir une valeur ajoutée sur le territoire, développer des compétences et, à terme, élargir les capacités d’exportation.
Le FMI estime ainsi que le programme de réformes engagé a favorisé à la fois la diversification et une croissance robuste
Cette mise en mouvement de l’appareil productif ne peut toutefois être durable sans un environnement financier plus solide. Sur ce terrain aussi, des évolutions ont été enregistrées. Le FMI relève que les banques demeurent liquides, rentables et bien capitalisées, tout en appelant à poursuivre le renforcement de leur gouvernance, de la supervision et de la gestion des risques. Le retrait de l’Algérie, en juin 2026, de la liste du GAFI des juridictions sous surveillance renforcée constitue également un indicateur important : le GAFI a relevé les progrès réalisés dans la supervision fondée sur les risques, la transparence des bénéficiaires effectifs et les mécanismes de lutte contre les flux financiers illicites.
Ces points positifs s’accompagnent d’appels à l’endiguement des déficits budgétaires, et à l’amélioration de l’efficacité de l’investissement public. Ce qui a le mérite de rappeler que la diversification ne devient véritablement solide que lorsqu’elle repose sur une dépense mieux maîtrisée, une productivité accrue, davantage d’investissement privé et une capacité durable à produire plutôt qu’à importer.
C’est précisément là que se situe le véritable enjeu des années à venir. L’Algérie dispose de ressources, d’infrastructures, d’une base industrielle, d’un marché intérieur important et d’un niveau d’investissement élevé. L’étape décisive consiste désormais à transformer ces atouts en capacités productives permanentes. Faire tourner les usines, densifier les réseaux de sous-traitance, substituer progressivement la production nationale aux importations évitables et faire émerger davantage de produits exportables : telle est la logique économique qui se dessine.
Car la souveraineté économique ne se proclame pas. Elle se construit dans les mines, les ateliers, les usines, les exploitations agricoles, les banques et les ports. Elle se mesure, au bout du compte, à la capacité d’un pays à mobiliser ses ressources, à produire davantage de ce qu’il consomme et à vendre davantage de ce qu’il sait produire. Tel est le défi que l’Algérie est déterminée à relever.
Par Hacene Nait Amara
