En coordination avec le ministère de l’Energie et des Energies renouvelables, le ministère de la Communication a organisé, le 11 juillet dernier à Alger, une journée de sensibilisation sur la rationalisation de la consommation de l’énergie électrique, à l’intention des médias nationaux. Cette initiative vise à impliquer activement la presse dans la campagne nationale de maîtrise de la consommation, au moment où les prévisions annoncent un pic de consommation estival historique de 22 150 mégawatts.
Par Karima Mokrani
La journée d’étude a permis de poser un diagnostic stratégique : la transition vers une consommation maîtrisée en Algérie dépend désormais du comportement des usagers et de la valeur économique générée par l’énergie, plutôt que de la puissance installée. Organisée sous le slogan « Le média national… partenaire dans la diffusion de la conscience énergétique », cette rencontre s’inscrit dans la campagne estivale 2026, initiée conformément aux orientations du président Tebboune pour préserver les ressources des générations futures. Afin de garantir une approche collective, les ministères de la Communication et de l’Energie y ont associé la presse nationale, ainsi que le mouvement associatif spécialisé dans l’efficacité énergétique.
Sur le terrain des chiffres, l’exposé livré par la chargée de communication du Groupe Sonelgaz, Fatma-Zohra Marzougui, a détaillé l’ampleur de l’effort engagé pour l’été 2026. La demande sur le réseau interconnecté national est attendue à 21 350 mégawatts en conditions saisonnières normales, avec un pic pouvant atteindre 22 150 mégawatts en cas de températures exceptionnelles, soit une progression de 7% par rapport à 2025. Le pôle Ain Salah, Adrar, Timimoun devrait connaître une hausse de 3,5%, tandis que les réseaux du grand Sud pourraient enregistrer jusqu’à 10% de croissance. La trajectoire des trois dernières années illustre cette pression continue, 19 543 mégawatts en 2024, 20 628 mégawatts en 2025, soit un écart annuel équivalent à la mise en service d’une centrale électrique de taille moyenne.
Pour absorber cette hausse, un programme de renforcement de 1 855 mégawatts de capacité de production a été engagé, dont 110 mégawatts d’origine renouvelable. Le gaz naturel reste toutefois la source dominante du système électrique algérien, à hauteur de 98% des 27 000 mégawatts de puissance installée. Côté transport, 41 des 58 nouvelles infrastructures programmées sont déjà en service, les onze restantes, trois postes de transformation et huit lignes d’une capacité comprise entre 60 et 400 kilovolts, devant entrer en service en juillet. Le taux de réalisation atteint 100% pour les postes de transformation et environ 90% pour les lignes de moyenne tension. Dans le grand Sud, la conversion des groupes diesel a progressé de 84%, tandis que les campagnes d’élagage et de creusement de tranchées coupe-feu, destinées à limiter les risques d’incendie sur les infrastructures électriques, ont dépassé les objectifs fixés, avec un taux de réalisation de 150% pour l’élagage et de 98% pour les tranchées sur les ouvrages de transport. Un dispositif de communication de proximité a par ailleurs été mis en place à l’échelle de chaque wilaya, destiné à informer les citoyens de toute perturbation susceptible d’affecter l’alimentation électrique.
Un modèle de consommation à réinventer
Cette mécanique industrielle, aussi dense soit-elle, ne suffit pas à elle seule à refermer l’écart entre la consommation algérienne et sa contrepartie économique. Sous le thème « Eclairer le présent et protéger l’avenir », le directeur général de l’APRUE, Merouane Chabane, a mis en évidence une distorsion structurelle . A consommation finale comparable, l’Espagne dégage un produit intérieur brut, en parité de pouvoir d’achat, environ 3,6 fois supérieur à celui de l’Algérie. L’intensité énergétique du pays, mesurée à 2,78 tonnes équivalent pétrole par million de dinars de PIB, atteint ainsi près du triple de son équivalent espagnol.
Le développement du parc résidentiel, avec plus de deux millions de logements livrés depuis 2003, a porté la consommation individuelle de 0,5 à 1,23 tonne équivalent pétrole depuis 2000, tandis que le secteur des transports, dépendant à 93% des carburants fossiles, absorbe à lui seul 30% d’une consommation finale nationale estimée à environ 60 millions de tonnes équivalent pétrole, contre 45% pour le logement et les services et seulement 25% pour l’industrie, pourtant seul secteur générant directement de la valeur ajoutée.
Les réserves de gaz naturel connues, évaluées à 2 800 milliards de mètres cubes, avec un rythme d’extraction annuel proche de 130 milliards de mètres cubes, offrent selon cet exposé une fenêtre jusqu’à 2040 pour engager la transformation du mix énergétique national.
Les objectifs fixés visent une réduction de 15% de la consommation finale par rapport à la trajectoire actuelle, ainsi que l’entrée en service de 15 000 mégawatts d’origine renouvelable d’ici 2035, contre environ 3% du mix actuel pour une cible de 30%.
Les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre s’établissent à 14% par les moyens propres du pays et à 31% avec un appui financier international. Le coût de la subvention énergétique, évalué à 15 milliards de dollars par an, a également été présenté comme une charge appelée à peser de plus en plus sur les arbitrages budgétaires.
Le passage de la sensibilisation à l’action reste, selon les deux intervenants, la difficulté principale, les habitudes de consommation s’étant enracinées sur plusieurs décennies. Le réglage des climatiseurs à 25 degrés a ainsi été présenté comme un geste isolément modeste mais capable de réduire la consommation nationale d’environ 20% à l’échelle du pays, aux côtés d’autres mesures simples telles que l’extinction des équipements non utilisés dans les administrations et les lieux publics, ou encore la prise en compte du coût énergétique du dessalement, chaque mètre cube d’eau dessalée nécessitant environ cinq kilowattheures.
C’est sur ce terrain du comportement que le ministre de la Communication, Zoheir Bouamama, a situé le rôle attendu des médias, décrits comme un partenaire stratégique appelé à transformer la rationalisation énergétique d’une simple consigne technique en acte de citoyenneté, à l’heure où le pic estival place chaque année un peu plus le système national sous tension.
K. M.




