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Hayouni Abdennour, DG de Guedila : « Nous absorbons une grande partie des surcoûts pour préserver le consommateur »

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À la tête de Guedila, Hayouni Abdennour, directeur général de l’entreprise, revient sur les défis auxquels fait face l’un des principaux acteurs du marché algérien de l’eau minérale. Il détaille l’organisation mise en place pour absorber les pics de consommation estivale, sécuriser la production et préserver, autant que possible, la stabilité des prix malgré la flambée des coûts du transport, de la maintenance et des emballages plastiques. Le dirigeant retrace également les grandes étapes de développement de la marque, depuis sa création en 1986 jusqu’aux projets d’extension aujourd’hui en préparation. Il alerte cependant sur le poids de la concurrence déloyale, le manque de données fiables sur le marché et les difficultés de distribution dans les régions du Sud. Dans cet entretien, il insiste enfin sur les exigences de qualité, de traçabilité et de sécurité sanitaire, portées par les certifications ISO 9001 et ISO 22000, tout en appelant à une action publique plus opérationnelle pour assainir le secteur.

Entretien réalisé par Hacène Naït Amara

Figurant parmi les leaders du marché algérien de l’eau minérale, Guedila est confrontée à des pics de consommation, notamment durant la période estivale. Comment votre entreprise s’organise-t-elle pour répondre à cette hausse saisonnière de la demande tout en maintenant une politique de prix aussi stable que possible ?

Nos investissements et nos capacités de production ont été dimensionnés de manière à nous permettre de répondre à la demande durant la haute saison. Celle-ci commence généralement au mois de mai et se prolonge jusqu’en septembre, voire jusqu’en octobre selon les conditions climatiques.

Cette organisation nous permet d’aborder plus sereinement la basse saison, durant laquelle nous procédons aux opérations périodiques de maintenance préventive. Nous pouvons arrêter successivement certaines lignes pour leur révision, tout en maintenant environ 75 % de nos capacités de production disponibles. La maintenance est ainsi effectuée sans provoquer un arrêt complet de l’activité ni compromettre l’approvisionnement du marché.

Nous avons également réalisé des investissements technologiques destinés à sécuriser la continuité de la production. Nous disposons notamment d’un groupe électrogène de grande puissance, capable de couvrir les besoins opérationnels du site en cas de coupure d’électricité. Nous travaillons, parallèlement, à l’amélioration constante des performances et du rendement de nos équipements.

En ce qui concerne les prix, nous essayons d’absorber autant que possible les hausses de charges afin de ne pas les répercuter intégralement sur le consommateur. Cette politique devient néanmoins de plus en plus difficile à maintenir, compte tenu de l’augmentation des coûts du transport, de la maintenance, des pièces de rechange et des emballages.

Pouvez-vous revenir sur les principales étapes de l’évolution de Guedila, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui ?

Guedila a été créée en 1986 sous la forme d’une entreprise publique. Nous célébrons les quarante années d’existence de l’entreprise cette année. Elle a conservé son statut d’entreprise étatique jusqu’en 2004, année durant laquelle elle a été rachetée par une entreprise familiale et privatisée.

Une première phase de modernisation a alors été engagée. L’unique ligne de production existante a été entièrement rénovée et remplacée par une installation plus moderne. En 2010, une première extension a été réalisée sur le même site de production de Djemorah.

Cette extension est rapidement devenue insuffisante, car l’eau Guedila était très appréciée par les consommateurs et les commandes augmentaient continuellement. La nouvelle capacité permettait à peine de couvrir 50 % des besoins exprimés par le marché. Nous avons donc réalisé une deuxième extension en 2013, qui nous a permis de doubler nos capacités de production.

Après 2013, nous avons envisagé d’autres extensions. Malheureusement, à partir de 2015, le gel des concessions a pratiquement interrompu cette dynamique. Nous n’avons pas pu concrétiser les nouveaux investissements projetés. En 2026, les procédures ont commencé à être progressivement relancées. Nous avons exprimé auprès des autorités locales notre volonté de réaliser de nouvelles extensions sur des nouveaux sites et nous attendons l’aboutissement des démarches engagées.

Le marché algérien des eaux embouteillées connaît une croissance soutenue. Quels sont, selon vous, les principaux moteurs de cette évolution et quelles sont les priorités d’investissement de Guedila pour accompagner cette dynamique ?

La consommation augmente, mais le marché reste difficile à évaluer avec précision. Le principal problème auquel sont confrontées les entreprises structurées est l’existence d’une concurrence que nous considérons comme déloyale. Cette situation limite fortement notre visibilité et complique l’élaboration de projections fiables.

Nous ne disposons pas de données suffisamment précises sur les volumes réellement produits, déclarés et commercialisés. Chaque année, deux ou trois nouvelles marques peuvent apparaître sur le marché. Pour s’imposer rapidement, certains nouveaux opérateurs recourent parfois à des pratiques qui ne correspondent pas aux règles auxquelles les entreprises organisées sont soumises.

Pour notre part, nous nous efforçons de répondre au mieux aux attentes des consommateurs et de nos clients, mais toujours dans le strict respect de la réglementation. Nous ne pouvons pas accepter d’entrer dans une compétition qui ne serait pas fondée sur les mêmes règles.

Si l’on excepte trois ou quatre grandes marques connues, qui travaillent de manière structurée, une grande partie du marché demeure difficile à appréhender. Cette situation nous oblige à faire preuve de prudence, car les investissements nécessaires à l’extension des capacités sont extrêmement coûteux. Ils augmentent mécaniquement les charges et le coût de production, alors que l’entreprise doit ensuite affronter des opérateurs qui ne supportent pas nécessairement les mêmes contraintes.

Cela ne signifie pas que nous avons renoncé à investir. Nous préparons actuellement un terrain situé à proximité du site existant en vue d’une future extension. Une réflexion est également engagée sur la diversification de notre gamme. Des produits autres que l’eau minérale embouteillée sont actuellement étudiés dans le cadre de nos travaux de recherche et développement. Ces projets étant encore en phase de traitement, il est prématuré d’en dévoiler la nature exacte.

Vous évoquez une forte progression des coûts. Quels sont les facteurs qui exercent aujourd’hui la plus grande pression sur le prix de l’eau embouteillée ?

Deux paramètres principaux pèsent sur nos coûts. Le premier est le transport, qui représente environ 18 % du coût d’un fardeau de bouteilles. Or, le coût du transport a augmenté d’environ 80 % durant les deux dernières années.

Cette hausse est notamment liée au renchérissement de la maintenance des véhicules, au prix des pièces de rechange et à leur indisponibilité. Le parc national de camions tend également à se réduire. Il existe donc un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande de transport : le nombre de véhicules disponibles diminue alors que les besoins des industriels augmentent.

La loi de l’offre et de la demande produit naturellement une augmentation des tarifs. Un transport qui revenait auparavant à 20 ou 25 dinars par fardeau peut aujourd’hui atteindre environ 50 dinars. Le deuxième facteur concerne les emballages plastiques, qui représentent près de 70 % du coût de production. Le plastique est un produit issu de la pétrochimie. Toute tension affectant les marchés du pétrole et du gaz se répercute donc rapidement sur les matières premières utilisées dans la fabrication des bouteilles et des autres éléments de conditionnement.

Les crises géopolitiques et les tensions internationales ont fortement affecté ces marchés. Lorsque les cours du pétrole ou du gaz augmentent, le prix des emballages suit presque immédiatement. Lors de notre dernière révision tarifaire, nous n’avons répercuté qu’environ 30 % des charges supplémentaires supportées par l’entreprise. Le reste a été absorbé par Guedila afin de limiter l’impact sur le consommateur.

Comment luttez-vous contre les phénomènes de spéculation et de manipulation des prix constatés sur le marché ?

Nous sommes en contact presque chaque semaine avec les services du ministère du Commerce intérieur. Des réunions sont régulièrement organisées pour examiner la situation du marché et l’évolution des prix. Nous transmettons les informations dont nous disposons afin de contribuer efficacement au travail de contrôle des autorités.

Le problème est que, dès qu’une augmentation est constatée sur certains produits, beaucoup d’acteurs considèrent automatiquement que le prix de l’eau doit également augmenter. Or, les réalités économiques sont plus complexes. Les industriels structurés peuvent justifier l’évolution de leurs coûts, mais il existe aussi des pratiques spéculatives ou des majorations qui ne correspondent pas toujours aux prix appliqués à la sortie de l’usine.

Nous faisons donc notre possible pour stabiliser nos tarifs et informer les autorités. Mais une fois que le produit passe entre plusieurs intermédiaires, notamment certains grossistes et revendeurs, la capacité de contrôle du producteur devient beaucoup plus limitée.

La logistique constitue un enjeu majeur pour un produit aussi sensible que l’eau minérale. Quelles mesures avez-vous mises en place pour garantir la qualité des produits tout au long de la chaîne de transport, notamment contre l’exposition au soleil et à la chaleur ?

Nous menons depuis plusieurs années un travail de sensibilisation auprès des transporteurs. Notre propre flotte est constituée de camions fermés et équipés de manière à garantir le transport des produits jusqu’aux distributeurs dans les meilleures conditions possibles.

Guedila est certifiée selon les normes ISO 9001 et ISO 22000, qui concernent respectivement le management de la qualité et la sécurité des denrées alimentaires. Ces certifications nous imposent d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne logistique, depuis le chargement et le transport jusqu’aux conditions de stockage chez nos distributeurs.

Nous avons organisé des dizaines de campagnes de sensibilisation afin d’expliquer les risques liés à l’exposition des bouteilles au soleil et à la chaleur ainsi que l’importance du respect des procédures de transport. Aujourd’hui, les camions qui quittent notre site sont correctement fermés. Une bâche déchirée ou un véhicule insuffisamment protégé entraîne le refus du chargement.

Nos distributeurs officiels doivent également disposer de dépôts de stockage conformes. Nous avons mis en place une procédure complète de sélection et de validation des nouveaux clients. Nous avons malheureusement été contraints de mettre fin à nos relations avec plusieurs partenaires qui ne disposaient pas des équipements, des magasins ou des espaces de stockage nécessaires.

Nous pouvons contrôler nos distributeurs directs, mais il devient beaucoup plus difficile de suivre le produit lorsqu’il passe ensuite par des grossistes, des commerces de détail ou de petits transporteurs indépendants. À partir de ce stade, le producteur perd une partie de sa maîtrise sur les conditions de transport et de stockage.

La disponibilité du produit sur l’ensemble du territoire constitue un facteur de compétitivité. Comment Guedila optimise-t-elle son réseau de distribution, notamment dans les régions éloignées ?

Nous assurons une présence dans la majeure partie du nord du pays, aussi bien dans l’Est que dans le Centre et l’Ouest. La situation est plus compliquée dans les régions du Sud, essentiellement en raison du coût très élevé du transport.

Un déplacement vers des wilayas éloignées comme Adrar, Tindouf ou Tamanrasset peut représenter une dépense considérable. Dans certains cas, le transport peut coûter près de 200 000 dinars par voyage. Une telle charge se répercute nécessairement sur le prix final du produit et peut le rendre difficilement accessible au consommateur.

Certaines régions du Sud disposent de producteurs locaux, qui peuvent répondre à une partie de la demande de proximité. Pour notre part, nous nous appuyons notamment sur les besoins des entreprises présentes dans les secteurs pétrolier et gazier.

Nous collaborons avec des sociétés de catering qui approvisionnent les bases de vie et les installations industrielles, notamment dans la région de Ouargla et dans d’autres zones du Sud. Ces partenaires disposent de leurs propres moyens de transport et peuvent acheminer nos produits vers leurs sites. En revanche, la demande du marché de détail reste parfois insuffisante pour justifier une distribution régulière à grande échelle dans certaines régions très éloignées.

Les consommateurs accordent une importance croissante à la qualité sanitaire et à la traçabilité. Quels investissements réalisez-vous pour renforcer les contrôles d’hygiène et la sécurité alimentaire ?

Nos deux certifications nous accordent une importance à la veille permanente à la qualité et à la salubrité de l’eau que nous commercialisons. Pour nous, le risque doit être nul. Nous considérons que cette eau est destinée à nos propres enfants, à nos parents et à nos grands-parents. Nous ne pouvons donc tolérer aucun compromis en matière de sécurité sanitaire.

Nous sommes régulièrement contrôlés par les autorités locales, par des auditeurs externes et par les organismes de certification. Mais notre responsabilité ne se limite pas au respect formel des contrôles. Elle est également morale. Nous devons offrir au consommateur un produit que nous accepterions nous-mêmes de donner à nos familles.

Nous investissons dans le laboratoire, dans le service qualité et dans la formation du personnel. Chaque année, nous renouvelons les formations consacrées aux bonnes pratiques d’hygiène, afin d’assurer la maitrise opérationnelle qualitative.

Ces formations concernent les salariés des ateliers, les agents chargés du conditionnement, le personnel des magasins et des entrepôts, les manutentionnaires ainsi que les conducteurs de chariots élévateurs. L’objectif est d’élever le niveau de vigilance de chacun afin que tout risque susceptible d’altérer la qualité du produit soit immédiatement identifié et signalé.

À combien estimez-vous la taille du marché national des eaux embouteillées ?

Il est pratiquement impossible de répondre avec précision à cette question. Nous ne disposons pas de données exhaustives sur le nombre d’embouteilleurs, leurs capacités réelles et les volumes effectivement commercialisés.

Même l’Association des producteurs algériens de boissons ne peut pas établir une estimation complète, car tous les producteurs et tous les embouteilleurs n’y sont pas affiliés. L’association regroupe plusieurs entreprises importantes, mais elle ne représente pas la totalité des opérateurs actifs sur le marché. Cette absence de données fiables constitue d’ailleurs l’une des principales difficultés du secteur. Elle empêche les entreprises d’avoir une vision exacte du marché et complique la préparation des investissements futurs.

Quelle position Guedila occupe-t-elle actuellement parmi les marques présentes sur le marché ?

Notre position varie selon les régions. Dans certaines zones du Centre, Guedila peut occuper la première place. Dans d’autres régions, notamment dans l’Est, nous pouvons nous situer en deuxième ou en troisième position, selon la présence et la force des marques locales.

Dans l’Ouest également, nous nous efforçons de rester parmi les trois premières marques. Il n’existe donc pas un classement national unique et incontestable. La position de chaque opérateur dépend de la région, du réseau de distribution, des habitudes de consommation et de la proximité des unités de production.

Dans le cadre de l’Association des producteurs algériens de boissons, vous concertez-vous pour proposer des solutions contre la concurrence déloyale ?

Nous essayons toujours de contribuer efficacement aux travaux de l’association. Chaque fois qu’un sujet est étudié, nous partageons les informations dont nous disposons et nous formulons des propositions.

Cependant, la lutte contre la concurrence déloyale ne peut pas être menée par les entreprises seules. L’État demeure le seul acteur disposant des moyens juridiques, fiscaux et administratifs nécessaires pour imposer le respect des mêmes règles à tous.

Certaines mesures prises récemment en matière de bancarisation, de facturation et de traçabilité des opérations financières ont permis d’enregistrer quelques améliorations. Mais le problème exige encore une stratégie beaucoup plus opérationnelle. Il ne suffit pas d’adopter des règles théoriques : il faut disposer des instruments permettant de contrôler leur application et d’amener tous les opérateurs à se conformer aux obligations de déclaration, de facturation et de paiement des impôts.

La modernisation du cadre de l’investissement, notamment la création du guichet unique et la révision du Code de l’investissement, a-t-elle permis de fluidifier vos projets d’extension ?

Il est encore trop tôt pour que nous puissions porter une appréciation définitive. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de parcourir toutes les étapes du nouveau dispositif.

Nous sommes actuellement dans la phase de construction des hangars et de préparation des infrastructures. Lorsque nous arriverons à l’étape de l’acquisition des équipements, de leur installation et de l’accomplissement des procédures administratives nécessaires, nous pourrons réellement mesurer les améliorations apportées par le nouveau cadre.

Pour le moment, nous constatons les changements annoncés, mais nous ne les avons pas encore expérimentés dans leur totalité. Ce n’est qu’à l’issue de notre prochain programme d’investissement que nous pourrons évaluer concrètement la souplesse des procédures et la fluidité du processus.

H. N. A. 

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