Le Prix Pierre Castel Algérie poursuit sa montée en puissance en Algérie. Pour sa cinquième édition nationale, et la neuvième à l’échelle africaine, le dispositif franchit une nouvelle étape, avec des critères renforcés, une ouverture à l’économie verte et une sélection fondée sur la maturité des projets. Cette année, 105 candidatures ont été enregistrées, avant qu’un processus d’analyse et de visites de terrain ne permette de retenir six finalistes devant le jury local.
Par Yanis N. A.
Selon Melissa Aït Hamouda, responsable communication de Castel Algérie, le processus a débuté après la clôture de l’appel à candidatures, le 31 mai. Les dossiers ont fait l’objet d’un examen portant sur l’existence de l’entreprise, son ancienneté, ses bilans et l’âge des candidats, fixé entre 18 et 45 ans. Seules les candidatures répondant aux critères d’éligibilité ont été retenues.
Quatorze projets visités sur le terrain
À l’issue de cette première étape, 14 projets issus de différentes wilayas ont été présélectionnés pour des visites de terrain. Ces déplacements ont constitué un moment décisif, avec pour objectif de vérifier que les projets existaient réellement, qu’ils étaient en activité et conformes aux informations déclarées.
Melissa Aït Hamouda a indiqué que les équipes ont sillonné plusieurs wilayas, dont Alger, Bouira, Chlef, Mascara, Oran, Sétif, Tizi Ouzou et El M’Ghair, afin de rencontrer les porteurs de projets, filmer les unités de production, interroger les entrepreneurs et recueillir des échantillons. Cette phase a permis d’apprécier la solidité des initiatives au-delà des documents transmis.
Pour Boudjema Mohend Said, responsable RSE chez Castel Algérie, la visite de terrain constitue une exigence incontournable. Elle permet de confronter le dossier à la réalité du projet. Certains dossiers peuvent paraître complets sur papier, alors que le contrôle sur place révèle parfois une situation différente. Cette étape garantit la crédibilité de la sélection.
De la candidature au pitch final
Après les visites, les équipes du Prix Pierre Castel ont procédé à une nouvelle analyse. Les vidéos, les produits collectés, les dossiers, les bilans et la présence sur les réseaux sociaux ont été réexaminés selon une grille précise. Ce travail a ramené la sélection de 14 à 6 candidats.
Ces six finalistes ont ensuite présenté leur projet devant le jury local. À l’issue de cette étape, Tinhinane Larab, porteuse du projet Aqua Tina Marine, a été désignée pour représenter l’Algérie lors de la cérémonie panafricaine prévue au Bénin en septembre.
Cette phase africaine réunira le Cameroun, la RDC, la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Burkina Faso et le Bénin, qui rejoint le programme cette année. L’ambition est de permettre au projet algérien de concourir dans les meilleures conditions.
Des critères revus à la hausse
Cette cinquième édition algérienne se distingue par un relèvement sensible des critères. Alors que les précédentes éditions accueillaient des entreprises plus récentes, le règlement exige désormais deux années d’existence, contre une auparavant. Les candidats doivent aussi présenter des projets opérationnels, avec bilan financier et présence sur le marché.
Cette évolution traduit la volonté de la Fondation Pierre Castel de soutenir des projets plus mûrs, capables de démontrer leur viabilité, leur ancrage territorial et leur potentiel. Il ne s’agit plus de retenir des idées embryonnaires, mais des entreprises engagées dans une dynamique de croissance. Autre nouveauté : l’élargissement des domaines éligibles. Si le prix reste lié à l’agriculture, à l’agroalimentaire et aux produits du terroir, cette édition ouvre davantage la voie au recyclage, aux énergies renouvelables, à l’économie circulaire, aux nouvelles technologies et aux applications agricoles.
Pour Boudjema Mohand Said, cette orientation reflète l’évolution des priorités économiques et environnementales. Les projets retenus doivent conserver un lien avec l’agriculture, la production, les territoires et l’économie verte, tout en intégrant des dimensions technologiques ou écologiques plus affirmées.
Une progression nette des candidatures
L’édition 2026 confirme l’intérêt grandissant des jeunes entrepreneurs. À ses débuts en Algérie, le Prix Pierre Castel avait enregistré environ 25 candidatures sur la plateforme. Cette année, le nombre est passé à 105, signe d’une meilleure connaissance du dispositif et de son ancrage dans l’écosystème entrepreneurial national. Cette progression s’explique par la vulgarisation du concours et par la visibilité des anciens lauréats. Les porteurs de projets comprennent mieux les attentes du programme, ses critères et les opportunités qu’il offre. Même les candidats non retenus peuvent en tirer profit et préparer une prochaine édition.
Melissa Aït Hamouda a souligné que les équipes gardent le contact avec les anciens candidats, y compris ceux qui n’ont pas franchi toutes les étapes. Certains projets n’étaient pas assez mûrs, mais ils pourront être encouragés à repostuler une fois consolidés.
Le terrain, juge de vérité
Si la plateforme digitale facilite le dépôt des candidatures et le premier travail d’analyse, les organisateurs tiennent à maintenir les visites physiques. Le numérique centralise les dossiers, mais il ne remplace pas le contrôle sur site.
La visite permet de voir les équipements, les espaces de production, les équipes, les produits et l’environnement réel du porteur de projet. Elle permet aussi de mesurer la cohérence entre le discours du candidat et la réalité de son activité.
Cette exigence renforce la crédibilité du Prix Pierre Castel Algérie. Elle protège le concours contre les candidatures incomplètes ou insuffisamment abouties et garantit que les finalistes sont bien des entrepreneurs engagés dans des projets concrets.
Une seconde chance avec le Prix Jeunes Espoirs
Pour les cinq finalistes qui ne représenteront pas l’Algérie au Prix Pierre Castel panafricain, le parcours ne s’arrête pas nécessairement là. Une autre opportunité leur sera proposée à travers le Prix Jeunes Espoirs, après la cérémonie panafricaine.
Ce programme, également porté par la Fondation, soutient de jeunes entrepreneurs avec une dotation estimée à 1.500 euros, mais surtout avec un programme de coaching et de formation. Les bénéficiaires peuvent accéder à un accompagnement en Côte d’Ivoire, à l’école d’agronomie de Yamoussoukro.
Cette seconde chance confirme l’esprit du dispositif : accompagner, encourager et structurer les jeunes projets, même lorsqu’ils ne remportent pas le prix principal. Le Prix Pierre Castel ne se limite pas à une compétition ; il s’inscrit dans une logique de suivi et de formation.
Une édition placée sous le signe de la maturité
Au terme de cette cinquième édition, les organisateurs retiennent la qualité des projets, la concurrence entre les finalistes et la maturité croissante de l’écosystème entrepreneurial algérien. Les candidatures sont plus nombreuses, mieux structurées et alignées sur les enjeux économiques, agricoles, technologiques et environnementaux.
Avec Aqua Tina Marine, l’Algérie portera au Bénin un projet sélectionné au terme d’un processus exigeant. Pour Melissa Aït Hamouda et Boudjema Mohand Said, cette édition confirme que le Prix Pierre Castel Algérie est désormais installé dans le paysage entrepreneurial national. Il attire des projets plus solides et ouvre des passerelles vers l’accompagnement, la formation et la visibilité continentale.
Au-delà de la compétition, l’enjeu est de faire émerger une génération d’entrepreneurs capables de transformer les ressources locales, d’innover dans les filières agricoles et vertes, et de porter des solutions algériennes à l’échelle africaine.
Y. N. A.




