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Chakib Abou Zaid, SG du GAIF : «Nous avons besoin de plus de dispositions réglementaires favorisant la prise d’assurance»

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Dans cette interview, réalisée à l’occasion de la tenue de la 33ème conférence du GAIF à Oran, le secrétaire général de cette organisation revient sur le succès de cette édition, la première dans un contexte post-pandémique qui pose d’importants défis aux assureurs et réassureurs mondiaux en général et arabes en particulier. Chakib Abou Zaid en parle à l’occasion. Il évoque également les opportunités du marché algérien et sa conviction de constituer un bon tandem avec Youcef Benmicia, président de l’UAR, élu président du GAIF à l’issue de cette conférence.

Entretien réalisé par Hacène Nait Amara

La 33ème conférence du GAIF s’est tenue à Oran, en Algérie, dans un contexte particulier pour les assureurs arabes, marqué essentiellement par les effets de la pandémie sur le marché et les signaux de reprise post-pandémique. Cet évènement était très attendu par les acteurs de l’assurance car pouvant offrir une réponse aux défis post-pandémiques auxquels sont confrontés. Comment appréhendez-vous cette conjoncture ?
D’une manière générale, en tant qu’assureurs, nous sommes des professionnels du risque et donc dans une logique de prévention et de prise de risques ; cependant, nous en tant qu’assureurs n’étions pas préparés pour y faire face. Les assureurs arabes ont été confrontés au risque et dans l’ensemble, ont pu faire face, en raison des indemnisations limitées que nous avons déboursées, puisque ce sont les Etats qui ont payé l’essentiel de la facture hospitalière liée à la Covid. L’essentiel de l’impact était de nature économique durant la période de confinement. La conjoncture actuelle est marquée par la concomitance de quatre facteurs déstabilisant les économies nationales, à savoir les conséquences de la crise pandémique ; la guerre entre la Russie et l’Ukraine et l’impact sur les importations de blé pour nos pays ; la crise des chaines d’approvisionnement  et la stagflation et son corollaire la hausse des taux d’intérêt.

Quel bilan faites-vous des travaux de cette 33ème conférence de la GAIF abritée par l’Algérie ?
La tenue de la Conférences du GAIF, la première s’étant tenue en 1978 et après deux reports successifs, était un défi qu’il fallait relever avec panache, ce qui a été le cas. Le contenu de nos conférences a été conçu pour justement discuter des problématiques actuelles, surtout après la Covid-19 ; le niveau des présentations et des discussions durant ces trois journées était d’un niveau très relevé. Nous avons eu plus de 1 200 délégués de 41 pays. Le travail de préparation qui a été fait par l’UAR et toutes les équipes sur place a été couronné de succès, attesté par l’ensemble des délégations. Nous avons recueillis un soutien sans faille des départements ministériels concernés (Ministère des Finances, des Affaires étrangères, les autorités locales, la PAF, l’aviation civile) ; je veux les en remercier vivement.

L’Algérie, représentée par le président de l’UAR, vient d’être élue pour prendre les commandes du GAIF, comment accueillez-vous cette désignation ?
Cette désignation est logique de par les statuts de notre Union, le pays hôte prend la présidence -de facto- ; le Président Benmicia est membre de notre conseil depuis des années et il a toujours pris une part active dans tout le travail. En tant que Président, il lui incombe de diriger l’Union pour mettre en pratique les grandes orientations. Depuis mon élection en tant que secrétaire Général, il y a trois ans, nous avons collaborés de manière étroite. Le fruit de notre collaboration et entente a été la réussite de la 33eme Conférence. Je suis certain que le tandem que nous constitutions aura à cœur de réussir tous les objectifs que nous nous sommes assignés.

Comment voyez-vous le rôle que doit jouer l’Algérie au sein du GAIF pour que cette organisation puisse relever les défis immenses auxquels est confronté le marché arabe des assurances ?
Tous les marchés arabes ont un rôle à jouer au sein de notre Union ; la quasi-totalité des compagnies algériennes et l’UAR sont membres ; et de ce fait, elles ont un rôle à jouer dans nos activités. En raison de la dynamique amorcée par la conférence et le rôle du Président, nous sommes amenés à avoir des activités sur les deux années à venir. Nous avons un certain nombre de chantiers autour de la problématique de l’inclusion financière pour réduire le gap de protection assurantielle. L’UAR et l’UGAA vont s’y atteler ensemble.

Même si les assureurs arabes se sont montrés résiliants face à la crise sanitaire de 2020-2021, ils restent néanmoins condamnés à s’adapter aux nouveaux modes de consommation à l’ère de la mondialisation et de la numérisation. N’est-ce pas un enjeu de taille pour les compagnies d’assurances?
Ceci n’est pas le propre d’un marché ; nous sommes tous condamnés à prendre le train de la digitalisation à tous les stades et surtout dans une logique d’inclusion financière. La crise pandémique a accéléré le mouvement ; il appartient à nos compagnies d’aller dans cette direction ; les résolutions de notre conférence ont beaucoup insisté sur les aspects de la digitalisation, l’inclusion financière et l’éducation.

La crise a montré que le secteur des assurances nécessite une mise à niveau pour évoluer vers d’autres stratégies de marché afin de pouvoir renforcer sa résilience. Comment voyez-vous cette évolution que devrait amorcer le marché arabe des assurances ?
Je ne pense pas qu’il faille parler de mise à niveau de manière générale : au niveau des compagnies, beaucoup de progrès ont été faits par les compagnies les plus grandes et/ou plus flexibles ; bien sûr qu’il reste beaucoup à faire chez certaines. Au niveau des autorités de tutelle, des opérations de mise à niveau des textes sont faites un peu partout ; cependant, nous avons besoin de plus de dispositions réglementaires favorisant la prise d’assurance, soit par l’obligation, soit par les incitations fiscales notamment. Ce qu’il nous faut au niveau institutionnel, c’est une prise de conscience de l’importance de l’assurance en tant que vecteur d’épargne pour financer les économies nationales. La volonté politique couplée avec un partenariat public-privé, sera -à mon humble avis- le catalyseur d‘une dynamique de mise a niveau a l’échelle de tous les pays pour atteindre un taux de pénétration de l’assurance (Primes/PIB) acceptable (3% et plus).

Quelle est votre appréciation du marché algérien des assurances et quels sont ses facteurs-clés de réussite ?
Le marché algérien dépend beaucoup des assurances obligatoires et de la demande liée au budget de l’Etat et des entreprises publiques ou parapubliques. Cependant, il a des atouts indéniables qui sont la jeunesse de la population et l’émergence d’une classe moyenne de plus en plus nombreuse avec des nouvelles habitudes de consommation et d’achat (on line) ; le tissus industriel algérien est relativement dense avec des opérateurs gigantesques qui ont alimenté -historiquement- la demande d’assurance. Aujourd’hui, il incombe au marché d’élargir la base de la consommation solvable, par l’inclusion des PME-PMI et du secteur informel, via la micro-assurance et les assurances agricoles. Dans les années à venir, de nouvelles demandes en matière d’assurance maladie, de vie et d’épargne retraite vont émerger ; le marché aura tout intérêt à susciter cette demande et surtout à lui offrir les produits qui lui conviennent via des réseaux de moins en moins classiques. D’une manière générale, le potentiel du marché est grand ; il incombe aux différents acteurs de l’exploiter. 
H. N. A.

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