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Nesrine Ziad, co-fondatrice de Diaspower : «Diaspower ambitionne de toucher 500 000 Algériens établis sur les 5 continents»

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L’Algérie faite partie des pays qui compte une des plus importantes diasporas à travers le monde. Parmi cette diaspora se trouvent des diplômés universitaires qui font le bonheur des entreprises de leurs pays d’accueils. L’avènement des startups a changé la donne, permettant de raviver le lien entre une catégorie de cette diaspora et l’Algérie. Et c’est l’objectif même de la startup algérienne «Diaspower». Comme son nom l’indique, la startup s’intéresse à la diaspora algérienne établie dans les quatre coins du monde. Dans cet entretien qui suit, Nesrine Ziad, co-fondatrice de Diaspower explique concrètement le travail et le rôle que peut sa startup pour faire connecter la diaspora algérienne avec leur mère-patrie laquelle a besoin du savoir-faire de ses enfants qui brillent sous d’autres cieux. Dans cette optique, Diaspower ambitionne de toucher 500 000 algériens à travers les 5 continents.

entretien réalisé par Lynda Mellak

Diaspower, la plateforme numérique, offre la possibilité d’entrer en contact avec la communauté DZ installée un peu partout dans le monde pour la faire participer au développement économique du pays. Quel  rôle jouent Diaspower et les communautés transnationales pour atteindre les objectifs de développement durable dans les pays d’origine?
Les flux migratoires constituent un phénomène mondial accentué par la mondialisation, les enjeux économiques, politiques et sociaux sont de mise.
Multiples sont les types de diaspora, des distinctions peuvent être établies selon le niveau de formation, origine de la migration..etc, qu’on peut résumer en degrés de productivité et d’intégration. Chaque diaspora possède des spécificités. À terme, il s’agit pour nous de les identifier afin de bâtir une cartographie ciblée et précise du lieu de leur installation et des activités/expertise/potentiel de chacune d’elle afin d’identifier les opportunités potentielles qu’elles sont capables de produire au profit du pays d’origine. C’est là une des missions que compte mener Diaspower  afin de faire, idéalement, basculer l’idée désormais tronquée que nous avons contre l’exode des cerveaux et donc de basculer du «brain drain» au «brain gain».
Ainsi, Diaspower mise beaucoup sur le sentiment d’appartenance (patriotisme) des résidents à l’étranger et leur volonté de contribuer au changement dans le pays d’origine afin de créer des canaux de contact puissants avec les autorités d’une part, mais également dans le but de tisser des réseaux relations fortes entre les diverses diaspora algériennes du monde. La création d’un cadre structuré de dialogue, de gestion des flux et de mise en relation devient une nécessité pour, à terme, favoriser la création d’un écosystème global fécond, sans frontière et surtout créateur de valeur au profit du développement de la mère patrie.

La stratégie de mobilisation de la Diaspora peut prévoir divers moyens à l’instar de la tenue de grands événements. Que prévoit Diaspower pour favoriser l’engagement de la Diaspora ?
Effectivement, mobiliser la diaspora passe avant tout par le recensement automatisé de cette dernière puis évidemment par l’organisation d’événements et d’autres rencontres annuelles essentielles à cette démarche équivalente à une certaine réintégration de cette dernière en tant que partie prenante du développement du pays d’origine et, potentiellement, l’institution de portes paroles (ambassadeurs) là où elle est organisée.
On a d’ailleurs constaté que dans bon nombre de pays, les Algériens font montre d’une certaine culture de la « fédération » autour de centres d’intérêts communs par notamment la constitution d’associations locale/nationales afin d’interagir et de coordonner leurs actions avec plus d’impact. Un besoin que nous nous attachons à renforcer grâce à notre rubrique DiaspoMeet pour une meilleure visibilité des événements qui s’organisent déjà un peu partout dans le monde. Celle-ci permettra de donner plus de visibilité aux rencontres/événements etc et de réunir les personnes qui ont les mêmes centres d’intérêts et champs d’expertises. Cette fonctionnalité ne peut qu’être favorable à fortifier cette « force de frappe DZ » tout en créant potentiellement plus d’opportunités. Si l’union fait la force, le partage et l’intelligence collective en sont les soubassements.

Combien de membres comptent Diaspower et dans quels secteurs activent-ils ainsi que leurs pays de destination ?
En tant que plateforme en cours de lancement, Diaspower dispose d’un réseau de parrains dans la plupart des grandes villes dans le monde. Ce réseau est essentiellement composé d’une centaine d’experts, chercheurs et cadres hautement qualifiés dans de multiples secteurs notamment, dans le domaine médical et de la recherche scientifique à l’exemple de Pr. Elias Zerhouni , ou encore en astronomie avec Pr. Nourredine Melikchi, mais aussi en nanoélectronique avec notre inventeur de renom le Pr. Belgacem Haba et bien d’autres.
Diaspower prévoit à travers ses parrains honorifiques de toucher 500 000 Algériens sur les 5 continents dès sa première année sachant le que nombre de cette Diaspower avoisine les 10 millions (entre binationaux et résidents) majoritairement concentrés en Europe (la France, l’Espagne ou encore UK mais aussi aux Etats Unis, au Canada, Aux Emirats, en Corée du sud…etc).

La création de partenariat entre le gouvernement et les porteurs de projets est une entreprise de longue haleine qui a beaucoup plus de chance de réussir si elle fait fond sur une bonne communication et une confiance réciproque. Quels objectifs qu’on souhaite atteindre par l’engagement de la Diaspora ?
Aujourd’hui plus que jamais les gouvernements sont appelés à faire preuve d’ingéniosité face à une concurrence de plus en plus rude de conquête des cerveaux. La Silicon Valley en est le meilleur exemple quand on voit que Stanford University est composée à 80% d’étudiants étrangers. Offrir de meilleures conditions de vie, améliorer le cadre de travail et de recherche deviennent plus qu’une nécessité pour amplifier la ressource humaine et financière. Un défi qui ne peut être surmonté sans une stratégie gouvernementale effective (à travers un cadre législatif et réglementaire favorable et souple, allègement de la fiscalité des investissements, intégration de cette tranche dans les plans de développement, amélioration du climat des affaires, assurer une transparence des règles d’octroi de permis avec une application cohérente), tout en s’appuyant sur une structure capable de recenser cette ressource, créer des synergies, et canaliser cette dernière pour réimporter ce savoir-faire au profit des secteurs en besoin de réanimation.

Dans un contexte de «fuite des cerveaux» en Algérie, le pays gagnerait à s’engager dans cette démarche de mobilisation et de retour «des compétences». Comment identifier et connecter les investisseurs potentiels?
Inverser la tendance de fuite de cerveaux passe par la création d’un écosystème dynamique en s’appuyant sur le succès de géants locaux, notamment des entreprises innovantes, concurrentielles à l’échelle nationale voir internationale. La diaspora a son mot à dire à travers le partage de son savoir, son expérience, son expertise. « L’importation », même virtuelle, de compétences est essentielle afin de développer le know how local à travers l’éducation, la formation, l’accompagnement de la jeunesse innovante et pourquoi pas, l’imitation technologique.
Plusieurs mécanismes sont prévus via notre plateforme notamment à travers plusieurs fonctionnalités tels : le transfert de fonds avec « DiaspoFund », la localisation et l’identification des « foyers » organisés de la diaspora grâce au mapping ciblé « DiaspoMap », ou encore le networking optimisé avec « Diasportunity » qui sera le réseau d’opportunités et bien d’autres rubriques en cours de construction.

Comment générer le seuil de confiance critique malgré l’instabilité politique, les maux structurels (corruption, bureaucratie…) des pays d’origine ?
La confiance reste le facteur clé de réussite d’une telle initiative qui permettra aux expatries de réinvestir leur expertise, réseau et économies en les réintégrant en tant que maillons essentiels et reconnus dans cette chaîne de développement perpétuel. Aussi grâce à l’implication des différentes parties prenantes notamment gouvernement, entreprises locales, centres de recherches et acteurs de l’écosystème de l’entrepreneuriat innovant, et diaspora.
Un travail de longue haleine qui a plus de chances d’aboutir s’il est fondé sur une bonne communication et une confiance réciproque afin d’atteindre des objectifs communs où toutes les parties sont gagnantes.

Quels mécanismes de financement pour encourager l’investissement?
Les mécanismes sont connus, recensés, avérés, maîtrisés par la diaspora qui contribue, bien souvent, à la création de valeur et de richesse dans le pays où elle réside.
Il ne s’agit là que de lever les écrous et autres éléments de blocage ainsi que d’une adaptation des normes réglementaires et législatives au niveau local pour activer les « réflexes » de la Diaspora en faveur de la mère-patrie. Les choses évoluent positivement en ce sens et nous pensons fortement que la rencontre entre les potentiels énormes dont regorge le pays et les moyens colossaux (intellectuels, financiers…etc) de la diaspora n’attend que d’être organisée. C’est là la fonction première du projet Diaspower.
L. M.

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