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Yacine Oualid, Ministre délégué chargé des start-up et de l’économie de la connaissance : « Nous pouvons avoir des start-up championnes, notamment en Afrique »

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Désigné à la tête du nouveau ministère délégué chargé des start-up et de l’économie de la connaissance, Yacine Oualid se dit convaincu de l’énorme potentiel dont recèlent les jeunes algériens porteurs de projets en matière d’innovation et de création de richesse. Il en veut pour preuve le succès réalisé par ceux, parmi eux, qui ont réussi à s’imposer sous d’autres cieux, grâce à des solutions innovantes et des services de haute technicité touchant à divers domaines. Dans cet entretien accordé au magazine Indjazat, le Ministre souligne qu’en Algérie, d’innombrables jeunes aussi compétents que talentueux, avides de nouvelles technologies et d’innovation, sont capables de hisser le pays au rang des nations les plus développés dans le domaine des Hitech, notamment en Afrique, à la condition de bénéficier d’un accompagnement adéquat, d’un écosystème propice et de facilitation en matière de création de start-up. C’est justement la tâche que s’assigne le nouveau département ministériel que dirige Yacine Walid, avec pour ambition d’assoir la base d’un nouveau modèle économique axé sur la connaissance, l’innovation et la mise en valeur des potentialités.

Entretien réalisé par Hacène Nait Amara

L’Algérie ambitionne de se positionner comme un pôle d’innovation, en particulier sur le continent africain. Quels sont les moyens mis en œuvre pour atteindre cet objectif ?
Effectivement, l’Algérie ambitionne de se positionner comme un pôle d’innovation en Afrique et elle en a les moyens et les ressources pour y parvenir. Cette ambition est une ambition à moyen terme, parce que nous sommes déjà pas mal avancés sur certains sujets et pour y arriver nous avons mis en place un certain nombre de textes de loi et des réglementations qui ont pour objectif de promouvoir l’investissement sur l’innovation. Cependant, le financement reste le nerf de la guerre. A ce propos, notre département ministériel fait en sorte de développer un certain nombre de mécanisme de financement qui sont plus flexibles et aptes à promouvoir les start-up et l’innovation de manière générale. L’autre axe sur lequel nous travaillons concerne les structures d’accompagnement, à savoir les incubateurs et les accélérateurs, sensées accompagner les porteurs de projet et de leur permettre de concrétiser leurs projets. Ce sont d’ailleurs les trois principales thématiques de notre Conférence sur les start-ups organisée le 3 octobre dernier.

Justement, quelles ont été les principales recommandations de cette Conférence dédiée aux start-up ?
La Conférence a été une occasion pour nous d’annoncer un certain nombre de nouveautés, notamment le lancement officiel du Fonds d’investissement pour les start-up et le nouveau cadre réglementaire. Il faut savoir que depuis quelques semaines, nous avons enfin arrêté la définition juridique de la start-up qui va la distinguer des autres PME ou micro-entreprise. Nous avons également annoncé d’autres mécanismes de financement et le lancement du premier accélérateur de start-up public qui va permettre aux porteurs de projet de concrétiser leurs idées, de créer leurs entreprises et d’acquérir un certain nombre de compétences en management et en marketing. Tout cela va s’étendre sur un réseau d’accélérateur un peu partout dans le pays pour accompagner les porteurs de projet, peu importe leur lieu de résidence. Nous avons également, lors de cet évènement, invité des experts pour débattre de trois thématiques qui sont le cadre réglementaire et juridique, le capital risque et les structures d’accompagnement. La Conférence a été aussi l’occasion de faire découvrir quelques start-up algériennes lors d’un salon organisé parallèlement à l’évènement et cela a permis aux invités, aux ministres et au Président de la République de découvrir les potentialités que renferme le secteur.

Quelle est la stratégie adoptée pour mettre en œuvre les recommandations issues de cette Conférences ?
Nous essayons d’avoir une vision à court terme pour faire en sorte de régler rapidement les problèmes qui ont été durant plusieurs années des facteurs bloquant le développement des start-up. Il s’agit de rendre la réglementation plus flexible, notamment avec le décret exécutif 254/20 qui a défini ce qu’est une start-up et a introduit des mesures lui permettant d’accéder à des exonérations fiscales et parafiscales. Nous avons également entamé des chantiers importants dont la révision du code du commerce en introduisant une nouvelle forme juridique beaucoup plus adaptée aux start-up, à savoir la société par action simplifiée. D’autres actions sur le moyen et le long terme sont prévues aussi. A moyen terme, l’objectif est de faire en sorte qu’on ait le même écosystème qu’on retrouve dans d’autres pays très développés ayant permis la création de start-up devenus aujourd‘hui des entreprises de renommée mondiale comme facebook, twiter, youtube et autres. Et nous sommes convaincus que nous pouvons avoir des start-up championnes, notamment à l’échelle africaine. Nous, développons, par ailleurs une stratégie nationale en matière de propriété intellectuelle et de développement des résultats de la recherche en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Pouvez-vous nous parler un peu plus du volet financement et ce qui se fait au profit des start-up en la matière ?
Nous avons fait tout un travail pour faire comprendre qu’on a affaire non pas à des micro-entreprises, des TPE ou des PME mais à des entreprises qui sont innovantes et qui justifient la prise de risque. C’est pourquoi le fonds qui a été créé, en l’occurrence «Algeria capital found», est un fonds de capital risque qui va faire en sorte de faciliter aux start-up l’accès au capital et de concrétiser rapidement leurs projets, en prenant en compte le fait que ces start-up ne vont pas forcement réussir, sachant que le taux d’échec des start-up avoisine les 80% dans le monde. Nous avons également mis en place d’autres mécanismes de financement entre autres, pour la première fois en Algérie, le financement participatif qui a prouvé son efficacité dans beaucoup de pays notamment aux Etats-Unis et en Chine.
En partenariat avec la Cosob, nous avons annoncé la création d’un compartiment start-up au sein de la Bourse d’Alger. Il y a aussi d’autres mécanismes qui vont financer indirectement les start-up, à savoir les accélérateurs de start-up et surtout les exonérations fiscales qui vont réduire le taux de leur mortalité.

Comment convaincre le capital privé de la qualité des solutions proposées par les porteurs de projet et les inciter, ainsi, à prendre le risque de les financer ?
Pour moi, il y a un seul moyen d’inciter le privé à investir sur les start-up c’est de voir de vrais championnes algériennes. On en a quelques unes pour le moment, qui on même réussi à s’installer dans des pays africains. Mais il y a des d’autres méthodes pour inciter le privé, à travers les lois de finances devant favoriser l’investissement dans l’innovation.

Qu’en est-il des contraintes bureaucratiques ? Y a-t-il un travail visant à faciliter les procédures de création des start-up ?
Nous avons installé au niveau de notre ministère une cellule de médiation avec l’administration où nous recevons les différentes plaintes des start-up. Un diagnostique a été également établi de toutes les autorisations, homologations et licences existantes en Algérie, qui sont souvent décrites comme bureaucratiques, dans le but de les rendre plus simples, en ligne et ne nécessitant pas beaucoup de temps. Un autre projet est en cours de réalisation en collaboration avec le ministère du Commerce et le ministère de la Poste et des télécommunications concernant le lancement d’une plateforme numérique où l’on pourra créer une entreprise tout en étant chez soi.

Les incubateurs ont un rôle important dans l’accompagnement des start-up. Allez-vous aussi prendre en charge leurs préoccupations ?
Effectivement, nous avons introduit le label incubateur qui va permettre, au même titre que le label start-up, de bénéficier d’exonérations fiscales et autres mécanismes d’aide de l’Etat. Nous considérons qu’il est important de promouvoir ces structures d’accompagnement car elles sont les relais de la politique publique en matière de promotion de l’innovation. D’ailleurs, la nouvelle loi de finances 2021 va faire profiter ces incubateurs des avantages et des facilitations prévues. Cela se fera parallèlement à la création d’accélérateurs publics dont le premier sera réceptionné le 1er novembre 2021. Cet accélérateur, sous tutelle de notre ministère, est un pas très important car nous considérons que notre département, faisant partie de l’écosystème, a aussi un devoir d’accompagnement des porteurs de projet et des start-up et nous allons faire bénéficier de ce réseau d’accélérateurs tous les autres acteurs de l’écosystème qui font de l’accompagnement, du coaching et de la formation, notamment au niveau des universités, et ce, pour créer une synergie entre tous les acteurs de l’écosystème.

Peut-on connaitre les conditions exigées pour qu’une start-up puisse bénéficier de ce label ?
Les conditions ont été fixées par décret. La start-up doit montrer l’aspect innovant en proposant un produit, un service ou un modèle à caractère innovant. Elle doit aussi prouver un potentiel de croissance suffisamment important et ne doit pas exister depuis plus de huit ans ou employer plus de 250 personnes, comme elle doit être détenue à au moins 50% par des personnes physiques ou des fonds d’investissement agréés. A ce propos, le comité de labellisation siègera bientôt et tiendra sa première réunion pour traiter de toutes ces questions.

Quels sont, selon vous, les secteurs économiques vers lesquels les porteurs de projet devraient orienter leurs efforts et les solutions innovantes qu’ils proposent ?
Aujourd’hui, nous avons besoin de l’innovation dans tous les domaines : dans le numérique, l’agriculture, le pharmaceutique et la biotechnologie, les finances et beaucoup d’autres secteurs sur lesquels nous devons miser. Le plus important c’est qu’il y ait le caractère innovant, peu importe le secteur concerné.

Quel rôle devrait avoir le secteur de l’enseignement supérieur dans la sensibilisation et l’encouragement des étudiants à la création de start-up ?
Nous avons de différents axes de partenariat avec le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique à commencer par la promotion des incubateurs au niveau des universités. Beaucoup d’universités ont commencé à créer leurs incubateurs, à former les étudiants en entreprenariat et à les sensibiliser sur la création de start-up. Il faut savoir, à ce sujet, que la grande majorité des start-up naissent au niveau des universités, partout dans le monde. Nous avons également un travail de proximité que nous faisons avec les clubs scientifiques universitaires où l’on trouve généralement la population qui est apte à entreprendre. Nous avons d’ailleurs reçu, au niveau de notre ministère, une dizaine de clubs scientifiques pour les faire participer à nos actions. Je ne manquerai pas de citer, aussi, la promotion de la propriété intellectuelle et la valorisation des résultats de la recherche scientifique, étant aussi un axe de collaboration avec le secteur de l’enseignement supérieur.

Quel message avez-vous à transmettre aux jeunes porteurs de projets qui confondent l’accompagnement de l’Etat des start-up avec le dispositif Ansej ?
Nous ne sommes pas dans le cadre de la création d’un Ansej-bis en ce sens que les start-up n’ont rien à voir avec les micros entreprises. C’est une approche qui est purement économique qui vise à promouvoir l’innovation quelle que soit sa forme. Nous ne sommes pas, donc, dans le même modèle que celui de l’Ansej et nous ne s’adressons pas à la même population. Nous ciblons beaucoup plus une population avide des nouvelles technologies, qui crée de la richesse souvent à partir de rien et qui est issue de l’université et de ce qui se fait en matière de recherche et d’innovation. Ce sont donc deux approches qui sont totalement différente. Le message le plus important à faire passer c’est que, aujourd’hui, on redonne l’importance aux Algériens innovants et talentueux. Il faut dire que l’Algérie a poussé, dans le passé, beaucoup de ses enfants les plus brillants, à quitter le pays faute de mécanismes d’accompagnement et de financement leur permettant de concrétiser leurs projets en Algérie. Nous sommes maintenant en train de changer de paradigme et le but de notre ministère c’est justement de mettre la lumière sur ces personnes et leur permettre de concrétiser leurs idées et permettre à l’Algérie de rayonner en tant que véritable pôle de l’innovation.

Justement, comment voyez-vous l’apport des Algériens établis à l’étranger à la promotion des start-up innovantes en Algérie ?
Depuis la création de notre ministère, nous avons constaté un engouement de la part de notre diaspora qui voit enfin une lueur d’espoir dans ce pays qu’ils aiment tant. Nous avons donc énormément d’initiatives lancées par les Algériens de la diaspora pour promouvoir l’innovation et les start-up en Algérie. Certains d’entre eux comptent retourner au pays pour y développer des activités et des startupeurs algériens établis à l’étranger veulent aussi revenir en Algérie, d’autant que l’heure est, aujourd’hui, aux actions leur permettant de revenir au pays et y créer de la richesse.

Quel a été l’apport des start-up algériennes à l’effort visant la lutte contre la pandémie du corona virus ?
Cette pandémie a suscité un grand élan de solidarité dans tous les secteurs, le notre n’étant pas en reste. Nous avons reçu et accompagné, au niveau de notre ministère, beaucoup d’initiatives entrant dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. Cela a démarré avec les entreprises qui ont assuré le transport gratuit pour le personnel médical, les start-up qui ont rendu leur contenu gratuit pour le e-learning pour que les gens continue à travailler depuis chez eux. Il y a également des start-up qui ont développé des solutions en un temps record, comme celles concernant les tests de diagnostiques conçus localement, les machines de respiration artificielle, les automates pour fabriquer des bavettes et autres.

Selon vous, quel est le modèle le plus approprié à suivre en matière de développement des start-up et d’innovation ?
En fait, chaque pays a ses spécificités. Nous n’avons pas un modèle en particulier à suivre car nous essayons d’avoir notre modèle algérien avec ses particularités, mais nous nous inspirons quand même de certaines expériences à travers le monde notamment les pays qui ont pu, en un temps record, faire d’énormes réformes en matière de promotion de l’innovation. Je peux citer notamment le Royaume-Uni, la Chine, Singapour et autres pays de l’Asie du sud-est qui ont fait un travail incroyable en un temps très court pour monter en compétence et en technologie. Mais le pays qui sert de modèle au reste du monde ce sont les Etats-Unis avec sa Silicon Valley.

Avez-vous alors entrepris une quelconque coopération avec ces pays ou certains d’entre eux ?
Nous avons déjà lancé pas mal d’axes de coopération avec le Royaume-Uni par exemple, l’Italie où nous avons eu une visite de travail qui avait comme objectif de voir comment collaborer dans le domaine de la promotion des start-up, d’autant que ce pays a entrepris beaucoup de réformes pour promouvoir les start-up et avoir des mécanismes de financement plus adaptés à ce genre d’entreprises. Nous comptons aussi faire en sorte que les startupeurs algériens soient plus ouverts sur le monde et puissent exporter leurs services à l’étranger.

Pouvez-vous nous dire combien de start-up championnes existent-elles en Algérie et nous en citer quelques-unes ?
Il m’est difficile de répondre à cette question car nous continuons quotidiennement à découvrir ce genre de start-up. Mais je peux tout de même citer quelques noms de start-up qui se sont implantées dans des pays africains et qui font un travail remarquable à l’exemple d’ «emploi.tic» présente dans huit pays africains, ou encore «Legal Doctrine» désignée comme meilleure start-up africaine. Je peux citer aussi la fintech «Beyn», spécialisée dans la conception de solutions digitales pour le secteur financier et qui est partenaire de plus de 200 banques dans le monde et qui arrive à exporter un service de qualité à partir de l’Algérie. Il y en a d’autres, qu’on ne peut pas citer ici, qui sont vraiment devenues maintenant un modèle de réussite.

Un dernier mot à dire Monsieur le ministre ?
Je voudrai dire, en dernier, qu’il faut y croire. Nous avons dans notre pays énormément de potentiels et beaucoup de talents dans divers domaines. Les Algériens rayonnent à l’international et ils sont nombreux à faire des travaux de recherche remarquables reconnus dans tous les pays du monde. Notre objectif en tant que ministère est de créer un environnement et un écosystème qui soit propice à l’émergence de ces talents et à la création de richesses à partir de l’innovation. Nous savons pertinemment que tout n’est pas parfait et qu’il reste du chemin à faire, mais nous faisons en sorte pour que chaque jour qui passe nous faisons avancer l’écosystème pour que notre pays passe à un nouveau modèle économique où les potentialités sont mises en valeur.
H. N. A.

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