Le discours prononcé, le mardi 30 décembre 2025, par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune devant les deux chambres du Parlement s’inscrit dans un moment institutionnel structurant, consacré à la présentation des orientations générales de l’État, à l’évaluation des politiques publiques engagées et à la mise en perspective des priorités nationales. Cette intervention, adressée à la représentation nationale, vise à offrir une lecture d’ensemble de la trajectoire du pays, en croisant les dimensions politiques, économiques, sociales et géopolitiques.
Par Hacène Nait Amara
L’exercice ne se limite pas à une énumération de mesures ou de projets. Il propose une vision transversale des dynamiques à l’œuvre, dans laquelle les réformes institutionnelles, les performances économiques, les politiques de redistribution, les grands chantiers industriels et les choix diplomatiques sont articulés au sein d’un même cadre d’analyse. Le discours met ainsi en regard les évolutions observées depuis plusieurs années avec les objectifs poursuivis par l’exécutif, dans une logique de continuité et d’ajustement des politiques publiques.
Plus qu’un bilan sectoriel, l’intervention dresse un tableau global de l’action de l’État, en reliant les indicateurs macroéconomiques, les projets structurants et les dispositifs sociaux à une lecture plus large de la stabilité institutionnelle et du positionnement du pays dans son environnement régional et international. Ce faisant, le discours donne à voir la manière dont l’exécutif interprète les mutations en cours et les leviers qu’il estime déterminants pour accompagner la transformation de l’économie et de la société algériennes.
Institutions, gouvernance et État de droit
Le président Tebboune a consacré une partie significative de son intervention aux questions institutionnelles, en rappelant la poursuite du processus de réformes engagé ces dernières années. Il a mis l’accent sur le fonctionnement des pouvoirs publics et sur le rôle des institutions élues dans l’architecture de l’État, soulignant l’importance d’un équilibre entre les différentes composantes du système politique. Dans ce cadre, il a insisté sur la place du Parlement, présenté comme un acteur désormais pleinement investi de ses prérogatives constitutionnelles, notamment à travers l’exercice du droit d’initiative législative, qui permet aux députés et aux membres du Conseil de la Nation de proposer directement des textes de loi.
Cette référence au Parlement s’inscrit dans une lecture plus large de la gouvernance, où la production normative et le débat institutionnel sont appelés à occuper une place centrale dans la conduite des politiques publiques. Le président a ainsi évoqué la dynamique observée au sein de l’Assemblée, considérée comme un indicateur du fonctionnement normal des mécanismes démocratiques et du renforcement du rôle du pouvoir législatif dans l’élaboration des réformes.
Dans le même esprit, le chef de l’État est revenu sur le fonctionnement de la justice, en évoquant la poursuite des actions engagées contre la corruption et les manquements aux règles de gestion. Il a également rappelé la nécessité de préserver les cadres et responsables exerçant leurs fonctions dans le respect de la loi, afin de garantir la continuité de l’action publique et la stabilité de l’administration. Ces deux dimensions — lutte contre les dérives et protection des compétences — ont été présentées comme constitutives du fonctionnement de l’État de droit, dans lequel la responsabilité juridique et la sécurisation des acteurs institutionnels sont appelées à coexister pour assurer l’efficacité et la crédibilité de l’appareil public.
Une économie placée sous le signe de l’investissement
Une part substantielle du discours a été consacrée aux indicateurs économiques, que le président de la République a mobilisés pour décrire la trajectoire actuelle de l’économie nationale. Il a notamment fait état d’une dynamique d’investissement jugée significative, en soulignant la participation d’investisseurs étrangers à plusieurs centaines de projets en cours. Cette présence étrangère a été évoquée comme un élément illustrant l’attractivité du marché algérien et sa capacité à s’insérer dans des circuits internationaux de financement, de production et de partenariats industriels.
Au-delà de la seule dimension des flux d’investissement, le chef de l’État a également inscrit ces chiffres dans une lecture plus large de l’environnement macroéconomique. L’évolution du taux d’inflation a été mentionnée comme un indicateur de stabilisation, permettant, selon cette approche, d’apprécier la capacité de l’économie à absorber les chocs et à maintenir un certain équilibre entre les prix, la consommation et la production. Cette donnée a été mise en regard d’autres paramètres économiques, dans une tentative de dresser un tableau d’ensemble de la conjoncture.
L’ensemble de ces éléments a été présenté comme le reflet d’une phase de transformation économique, marquée par des ajustements structurels et par la recherche d’un nouveau point d’équilibre. Les indicateurs d’investissement et de stabilité des prix ont ainsi servi de repères pour situer l’économie algérienne dans un contexte de recomposition de ses moteurs de croissance, entre ouverture aux capitaux, redéploiement des capacités productives et maîtrise des grands équilibres macroéconomiques.
Industrie, production
nationale et chaînes de valeur
L’industrie a occupé une place centrale dans l’intervention de Abdelmadjid Tebboune, qui en a fait l’un des principaux marqueurs de l’évolution de l’économie nationale. Il a indiqué que la part de l’industrie dans le produit intérieur brut atteindrait désormais près de 10 %, alors qu’elle se situait, selon ses propos, à des niveaux sensiblement plus faibles au cours des années précédentes. Cette progression a été présentée comme le résultat d’un redéploiement des capacités productives et d’une réorientation des politiques publiques en faveur de la fabrication locale et de la valorisation des ressources nationales.
Cette évolution a été inscrite dans une lecture plus large des chaînes de valeur industrielles. Le chef de l’État a souligné que la production nationale ne se limite plus à l’assemblage ou à des activités à faible valeur ajoutée, mais qu’elle tend progressivement à intégrer davantage d’étapes de transformation, de fabrication et de distribution. Dans cette perspective, l’augmentation de la part de l’industrie dans le PIB est apparue comme un indicateur de la structuration de filières plus complètes et plus intégrées, capables de soutenir l’emploi, la productivité et les exportations.
Dans le même esprit, le président a mis en avant le taux de couverture du marché national par les médicaments produits localement, estimé à plus de 80 %. Cette donnée a été présentée comme un exemple concret de la politique de substitution aux importations, illustrant la capacité de certaines filières à répondre aux besoins du marché intérieur tout en réduisant la dépendance à l’extérieure.
Le secteur pharmaceutique a ainsi été évoqué comme l’une des industries stratégiques dans lesquelles l’Algérie est parvenue à consolider ses capacités, en combinant investissements, transfert de technologies et développement de compétences locales.
Grands projets miniers et infrastructures de base
Les projets miniers ont également occupé une place significative dans le discours du président, où ils ont été présentés comme des axes structurants de la politique industrielle et de la stratégie de valorisation des ressources naturelles. La mine de fer de Gara Djebilet et le projet de phosphate de Bled El Hadba ont été cités comme des chantiers désormais entrés dans une phase opérationnelle, avec des capacités de production appelées à augmenter progressivement. Ces projets ont été évoqués non seulement comme des sites d’extraction, mais comme des plateformes industrielles intégrées, appelées à structurer des filières complètes autour de l’extraction, du traitement, du transport et de la transformation des matières premières.
Dans cette perspective, le développement des infrastructures logistiques — notamment ferroviaires et portuaires — a été implicitement associé à ces projets, afin d’assurer l’acheminement des minerais vers les unités de transformation et les marchés d’exportation. Abdelmadjid Tebboune les inscrit ainsi dans une logique de chaînes de valeur, où la matière première n’est plus seulement exportée à l’état brut, mais intégrée dans des processus industriels susceptibles de générer davantage de valeur ajoutée et d’emplois.
Ces projets ont, dans ce cadre, été présentés comme des leviers de transformation structurelle de l’économie. Leur mise en œuvre est appelée à renforcer la base productive du pays, à soutenir la balance commerciale et à créer des effets d’entraînement sur d’autres secteurs, notamment les transports, la métallurgie, la chimie et les activités d’exportation. En ce sens, ils apparaissent comme des instruments de diversification économique, susceptibles de réduire la dépendance aux hydrocarbures et d’ancrer l’économie algérienne dans une logique de production et de transformation à plus forte intensité industrielle.
Entrepreneuriat et émergence d’une économie de l’innovation
Le président de la République a également consacré une séquence à l’écosystème entrepreneurial, en particulier aux start-ups, qu’il a présentées comme l’un des signes visibles de l’évolution du tissu économique national. En indiquant que plus de 13 000 entreprises de ce type sont aujourd’hui enregistrées en Algérie, dont certaines disposent déjà d’une présence ou d’une reconnaissance à l’international, il a situé ce phénomène dans une dynamique de renouvellement des modes de production et d’organisation de l’activité économique.
Cette donnée a été intégrée à une lecture plus large de la diversification de l’économie, dans laquelle les start-ups sont perçues non seulement comme des entreprises de petite taille, mais comme des vecteurs d’innovation, de diffusion technologique et de création de valeur immatérielle. Leur développement a été associé à l’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles compétences, notamment dans les domaines du numérique, des plateformes, des services technologiques et des solutions logicielles.
Dans cette perspective, l’entrepreneuriat innovant a été présenté comme un relais de croissance susceptible de compléter les secteurs traditionnels — industrie, agriculture, énergie — en apportant des gains de productivité, de nouvelles offres et une capacité accrue à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales. Cette dynamique a ainsi été inscrite dans une vision plus large d’une économie appelée à évoluer vers davantage de connaissance, de technologie et d’innovation.
Agriculture et sécurité alimentaire
Sur le plan agricole, le discours présidentiel a mis en évidence deux dynamiques parallèles, révélatrices à la fois des progrès enregistrés et des fragilités persistantes du secteur. D’un côté, le chef de l’État a souligné la création de 15 000 entreprises agricoles, présentées comme le signe d’une structuration progressive de l’activité et d’une montée en puissance de l’investissement privé dans le monde rural. Cette évolution a été associée au recours croissant aux technologies — mécanisation, irrigation, solutions numériques — qui modifient les modes de production et contribuent à améliorer les rendements et la traçabilité.
Dans le même temps, le président a pointé des difficultés persistantes dans certaines filières, en particulier celle de la production de viandes, qu’il a estimée en deçà du potentiel du pays. Cette situation a été reliée à la question des importations, qui continuent de jouer un rôle important dans l’approvisionnement du marché. Le propos a ainsi mis en lumière l’enjeu de la mobilisation plus efficace des capacités nationales, tant en matière d’élevage que de transformation et de distribution, afin de réduire la dépendance extérieure et de renforcer la sécurité alimentaire.
Politiques sociales et redistribution
Le président de la République est également revenu de manière détaillée sur les politiques sociales, qu’il a inscrites dans une logique de maintien et de protection du pouvoir d’achat. Il a évoqué la revalorisation des salaires et la poursuite des recrutements dans la fonction publique comme des instruments visant à soutenir les revenus et l’emploi, dans un contexte de tensions sur les prix et de pressions sur les ménages.
Il a également rappelé le maintien des subventions sur les produits de base, l’eau, l’électricité et le logement, ainsi que la gratuité de l’éducation, présentées comme des piliers de la politique de redistribution et de solidarité. Dans le domaine de l’habitat, la réalisation de 1,7 million de logements depuis le début de son premier mandat a été citée comme un indicateur de l’ampleur de l’effort public en faveur de l’accès au logement. L’ensemble de ces dispositifs a été présenté comme un cadre structurant de la politique sociale de l’État, visant à atténuer les inégalités et à préserver la cohésion sociale.
Santé publique et sécurité hydrique
Le discours présidentiel a également accordé une place aux questions de santé publique, à travers la référence à l’augmentation de l’espérance de vie et à la généralisation de la vaccination. Ces indicateurs ont été présentés comme des éléments permettant d’apprécier l’évolution du système de santé et sa capacité à répondre aux besoins d’une population en croissance. Ils ont été mobilisés pour illustrer la continuité de l’effort public dans les domaines de la prévention, de la couverture sanitaire et de la prise en charge des pathologies, ainsi que le maintien de dispositifs considérés comme essentiels au fonctionnement du service public de la santé.
Dans le domaine de l’eau, le président a évoqué le dessalement et la construction de nouvelles stations, notamment à Tindouf et Tamanrasset, comme des leviers de sécurisation hydrique. Ces projets ont été inscrits dans une lecture plus large des enjeux liés à la raréfaction des ressources et à la pression croissante sur les nappes et les réseaux. Ils ont été présentés comme des instruments destinés à assurer la continuité de l’approvisionnement, en particulier dans les régions du Sud et les zones exposées aux effets du changement climatique, tout en accompagnant le développement urbain, agricole et industriel.
Politique étrangère et environnement régional
Sur le plan international, le président a réaffirmé la position constante de l’Algérie sur la question palestinienne, en la présentant comme un élément structurant de la diplomatie du pays. Cette référence s’inscrit dans la continuité d’une ligne diplomatique fondée sur le soutien aux causes considérées comme relevant du droit international et de l’autodétermination.
Il a également rappelé le principe de non-ingérence dans les affaires des États voisins, en évoquant la situation en Libye dans ce cadre. Le propos a souligné l’idée selon laquelle les solutions durables aux crises régionales doivent émaner des acteurs locaux. Concernant la Tunisie, le président a insisté sur la proximité stratégique entre les deux pays, en indiquant que leur sécurité est interdépendante. Cette relation a été décrite comme un élément de stabilité régionale, fondé sur la permanence des liens politiques, diplomatiques et sécuritaires entre Alger et Tunis.
Chiffres, critiques et contexte de référence
Le président est revenu sur les critiques adressées à l’action publique en mettant en avant les chiffres économiques et sociaux comme principaux éléments de référence. Ces données ont été présentées comme des indicateurs permettant d’apprécier l’évolution du pays de manière factuelle, qu’il s’agisse des performances économiques, des programmes sociaux ou des projets d’infrastructure.
Dans ce cadre, il a rappelé le contexte de 2019, décrit comme une période marquée par de fortes tensions financières et institutionnelles. Cette référence a servi à situer les politiques actuelles dans une perspective de redressement et de stabilisation, en mettant en regard la situation passée et les trajectoires actuelles. L’évocation de cette période permet ainsi d’inscrire les constats présentés dans une lecture historique plus large de l’évolution récente du pays.
H. N. A.




