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Visite de Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées et des Anciens combattants en Algérie : Mémoire, défense et intérêt d’État au cœur d’une visite politique

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La visite à Alger de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées et des Anciens combattants, aura constitué bien plus qu’un déplacement protocolaire. Reçue, samedi 9 mai 2026, par le président de la République,  Abdelmadjid Tebboune, porteuse d’un message du président français, Emmanuel Macron, la responsable française a inscrit sa venue dans une séquence à forte charge mémorielle, après sa participation à Sétif à la commémoration des massacres du 8 mai 1945. 

Par Hacène Nait Amara 

Mais cette visite a aussi pris une dimension politique plus large lorsque, de retour en France, elle a opposé une réponse ferme aux critiques de députés d’extrême droite, en rappelant que « respecter la France, c’est respecter ses intérêts » et qu’il était précisément dans l’intérêt français de maintenir un dialogue fonctionnel avec l’Algérie.  

Une visite placée sous le signe de la mémoire 

Le déplacement de Mme Alice Rufo s’est d’abord inscrit dans le registre mémoriel. À Sétif, où elle s’est rendue à la demande du président Emmanuel Macron, la ministre française a pris part à la commémoration du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945, perpétrés par la colonisation française à Sétif, Guelma et Kherrata. Accompagnée de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, elle a déposé une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative dédiée aux victimes. Dans une déclaration à forte portée symbolique, elle a affirmé qu’« il faut faire preuve de courage pour regarder l’histoire en face telle qu’elle s’est réellement déroulée, dans le respect de la Mémoire de l’Algérie ». Cette formulation, loin d’être anodine, s’inscrit dans un moment où les relations algéro-françaises demeurent travaillées par les contentieux historiques, mais aussi par la nécessité politique de rouvrir des canaux de dialogue apaisés. 

Une audience présidentielle à portée stratégique 

Le lendemain, à Alger, Mme Rufo a été reçue par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. L’audience s’est déroulée en présence de Brahim Merad, ministre d’État chargé de l’Inspection générale des services de l’État et des Collectivités locales, de Ahmed Attaf, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, ainsi que de Amar Abba, conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques.  

À l’issue de cette rencontre, la ministre française a qualifié ses entretiens avec le chef de l’État de « constructifs ». Elle a indiqué que le président Macron l’avait chargée d’exprimer sa volonté de « réengager » entre les deux pays une relation « respectueuse, d’égal à égal, apaisée et confiante ». Ce vocabulaire traduit une tentative de repositionnement diplomatique, après une période marquée par des crispations politiques, mémorielles et migratoires. 

Défense, sécurité et Méditerranée : le retour des intérêts partagés 

Au-delà de la mémoire, la visite a rapidement pris une dimension stratégique. Mme Rufo a indiqué avoir évoqué avec le président Tebboune le contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient, dans le détroit d’Ormuz, au Sahel, ainsi que par la crise mondiale de l’énergie et les équilibres sensibles en Méditerranée. Dans ce cadre, elle a plaidé pour un dialogue « construit et nourri » entre Alger et Paris. 

La coopération de défense et de sécurité a occupé une place centrale dans les discussions. La ministre française a notamment rencontré le Général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, chef d’État-major de l’Armée nationale populaire. Selon ses propres termes, cette coopération est « très importante » dans un contexte africain et international marqué par la déstabilisation.  

Migration, justice et narcotrafic dans l’agenda bilatéral 

La responsable française a également évoqué la reprise de la coopération migratoire, après la visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Elle a souligné que Paris se félicitait de cette relance, tout en insistant sur la nécessité d’intensifier les échanges dans d’autres domaines sensibles. 

Les volets judiciaire et sécuritaire, en particulier la lutte contre le narcotrafic, ont été mentionnés comme des dossiers prioritaires pour les deux pays. Cette approche traduit une volonté française de replacer la relation avec l’Algérie dans un cadre de résultats concrets, autour d’intérêts communs plutôt que de déclarations de principe. 

La commission mémoire appelée à reprendre ses travaux 

Sur le terrain mémoriel, Mme Rufo a également confirmé que la commission mixte d’histoire et de mémoire, mise en place entre les deux pays, avait été évoquée lors de ses échanges avec le président Tebboune. Selon la ministre, le chef de l’État algérien a marqué son accord pour reprendre « sans délai » le travail de cette commission. 

Cette annonce donne à la visite une double portée : d’un côté, la reconnaissance de la centralité de la mémoire algérienne dans toute relation bilatérale sérieuse ; de l’autre, la tentative de transformer cette mémoire en espace de travail politique et historique, plutôt qu’en motif permanent de blocage. 

Une réponse ferme aux critiques de l’extrême droite française 

Mais l’un des moments les plus significatifs de cette séquence s’est joué après la visite, lorsque Mme Rufo a répondu à des députés d’extrême droite qui semblaient lui reprocher son déplacement en Algérie. Sa réponse, brève mais incisive, a ramené le débat sur le terrain de l’intérêt d’État. 

« En Algérie, j’ai rencontré les plus hautes autorités algériennes, le président de la République et également le chef d’état-major des armées », a-t-elle rappelé, avant d’ajouter : « Nous avons relancé la coopération de défense et de sécurité qui est essentielle dans la période de déstabilisation que nous connaissons en Méditerranée, au Moyen-Orient et bien évidemment au Sahel. » 

Puis la ministre a porté l’estocade politique : « Respecter la France, c’est respecter ses intérêts. Il est dans son intérêt d’avoir un dialogue fonctionnel avec l’Algérie. » Cette formule, qui sonne comme une réplique directe aux postures de rupture, assume une ligne réaliste : la relation avec Alger ne relève pas d’une complaisance diplomatique, mais d’une nécessité stratégique. 

Alger comme partenaire incontournable 

En répondant ainsi, Mme Rufo a replacé l’Algérie dans son statut de partenaire régional incontournable. La Méditerranée, le Sahel, les questions énergétiques, sécuritaires, migratoires et judiciaires imposent aux deux capitales une forme de pragmatisme. Dans cette lecture, le dialogue avec Alger n’est pas une concession faite à l’histoire, mais une exigence dictée par la géographie, la sécurité et les intérêts bien compris des deux États. 

La visite de la ministre française aura donc permis de faire apparaître trois lignes de force : une reconnaissance plus explicite de la mémoire algérienne, une relance prudente mais réelle des dossiers sécuritaires et diplomatiques, et une affirmation politique claire face aux courants français qui voudraient faire de la relation avec l’Algérie un objet de surenchère intérieure. 

En somme, cette séquence marque une tentative de reprise en main de la relation algéro-française par le haut, autour d’un principe simple : entre Alger et Paris, l’histoire impose la lucidité, mais les intérêts stratégiques commandent le dialogue. 

H. N. A. 

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